TEMOIGNAGES - Alors que les attaques islamistes à Bombay, en Inde, ont fait au moins 100 morts la population est sous le choc...
Alors que
les attaques islamistes à Bombay, en Inde, ont fait au moins 100 morts la population est sous le choc. Témoignages.
Gauthan Krishnan, habitant de la banlieue de Bombay, était en face de l'hôtel Taj Mahal
«J’étais dans un restaurant près de l’hôtel Taj Mahal avec des amis. Vers 10 heures du soir, la police est venue nous dire de ne pas quitter le restaurant parce qu’il y avait des explosions dehors. Au début on se ne savait pas ce qui se passait. Les lumières se sont éteintes, on nous a dit de nous mettre sous la table et d’éteindre nos téléphones pour faire le moins de bruit possible. La police nous a dit qu’il ne fallait pas qu’on attire l’attention sur nous. Pendant la nuit, on entendait des grenades exploser et des coups de feu. On est resté comme ça jusqu’à 7 heures du matin.
Puis des policiers nous ont dit qu’on pouvait rentrer chez nous. Ceux qui avaient leurs voitures ont pu rentrer directement et le restaurant s’est organisé pour ramener les autres. Vous savez, on croit que ce genre de chose n’arrive que dans les films, on ne pense jamais que ça puisse nous arriver. Je suis encore sous le choc, mais heureux de ne pas avoir été au Taj. Les choses vont être différentes maintenant. Ça va être difficile de retourner là-bas. J’y allais souvent, mais après ce qui s’est passé, tout va changer.»
Karim Mekachera, directeur de la Maison de la France, basée à Bombay
«Je suis rentré de Delhi ce jeudi. Le vol s’est bien passé, mais les gens étaient tendus. On a entendu parler d’un taxi qui aurait explosé devant l’aéroport. Pendant le trajet, on voyait bien que l’ambiance était lourde. D’habitude ça grouille de monde, et là c’est extrêmement calme. Plus on descend vers le sud de Bombay, plus on voit des policiers partout.
Dans mon quartier de Kemps Corner, les écoles et les magasins sont fermés. Les gens sont en état de choc, ça été d’une violence extrême. En plus les informations qu’on reçoit sont très confuses. Le consulat nous a appelés pour nous dire de ne pas sortir, et entre expatriés, on se donne des nouvelles, on s’envoie des textos. J’ai surtout peur pour les jours et les mois à venir. Il pourrait y avoir des réactions violentes des nationalistes hindous envers la communauté musulmane. Personnellement, je ne me suis jamais senti menacé à Bombay, mais c’est vrai que ces attentats sont différents, ils visaient les touristes, les occidentaux.»
Aban Davar, Professeur de français à l’Alliance Française de Bombay
«J’habite juste derrière l’hôtel Taj Mahal. Quand j’ai entendu les explosions, je ne pensais pas que c’était des attentats. Et puis j’ai entendu les pompiers, et alors j’ai su que c’était plus grave. Après des amis m’ont appelé, la police a encerclé le quartier, c’était un peu la panique. Même les journalistes présents en ce moment n’approchent pas à plus de 200 mètres. On entend encore des coups de feu.
Dans le quartier, personne ne bouge, c’est très calme. On nous a dit à la télé de ne pas sortir. Mon mari qui travaille en centre ville n’est pas allé travailler non plus. On a peur qu’il y’ait d’autres attentats. Les terroristes visaient les touristes, le Café Leopold est très fréquenté par les Britanniques et les Américains, comme le marché de Colaba. Je suis inquiète, mais pour le moment on se contente de suivre les événements à la télévision et on regarde par la fenêtre l’hôtel qui brûle toujours.»
Mini Kurlien, journaliste à Bombay
«C’est la première fois que je vois des attaques de cette ampleur à Bombay. C’est effrayant. Le quotidien «Times of India», auquel je collabore, travaille juste en face de la gare centrale, qui a été attaquée. Les journalistes n’ont pas pu sortir de toute la nuit tellement les affrontements ont été violents. Il y avait des tirs dans tous les sens.
Les gens ont peur, mais il n’y a pas de mouvement de panique. Les enfants ont été renvoyés chez eux aujourd’hui car les écoles sont restées fermées. La plupart des habitants ne sont pas non plus allés travailler aujourd’hui par prudence. La situation est encore très tendue, les terroristes n’ont pas tous été arrêtés, et les otages sont encore retenus au palace du Taj Mahal. Les gens restent collés à la télévision pour avoir des informations.
>> Le drame en images, c'est ici
Je ne sais pas qui nous a attaqués. Personne ne connaît le groupe qui revendique les attentats, les Moudjahidins de Deccan. Je ne suis pas sûre que ce soit eux. Il faut attendre d’autres revendications. Ce qui est incroyable, c’est la préparation que ces attaques ont dû demander. Tout cela avait été planifié depuis très longtemps.
Je suis choquée et horrifiée. Pour moi, c’est comme si j’étais attaquée personnellement. Les gens veulent juste vivre normalement. Comme tout le monde, je suis en colère car notre gouvernement n’est pas capable de nous protéger du terrorisme. Mais Bombay est une ville fière. C’est le cœur économique du pays, et l’esprit de cette ville est très fort. Demain, je pense que tout sera revenu à la normale, et que les gens retourneront travailler.»
Propos recueillis par Faustine Vincent et Sophie Cois