José Manuel Barroso: «Nous pouvons stimuler la croissance par la voie budgétaire »

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Publié le 25 novembre 2008.

INTERVIEW - Le Président de la Commission européenne, qui présentera mercredi son plan de relance européen, a répondu aux questions de 20minutes...

Le Président de la Commission européenne présente mercredi son plan de relance européen. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Le plan de relance européen devrait représenter au moins 1% du PIB de l'UE. Pouvez-vous nous confirmer ce chiffre?

Ce que je peux confirmer, c'est ce que cela ne sera pas moins de 1% du PIB. Nous sommes dans des circonstances exceptionnelles qui réclament des mesures qui le sont autant. Nous pouvons stimuler la croissance et la demande par la voie budgétaire. L'essentiel des efforts doit consister à prendre des mesures de court terme qui ne soient pas contradictoires avec les efforts à plus long terme dont l'Union européenne a besoin. Je crois que c'est possible. Il serait inconcevable que les gouvernements, qui sont arrivés à se mettre d'accord sur une plate-forme commune de réponse à la crise financière, ne soient pas capables de se mettre d'accord sur une réponse à la crise économique qui touche directement nos citoyens.

L'Allemagne semble pourtant réticente…

Je crois qu'elle sera au rendez-vous. C'est la plus grande économie d'Europe et il faut se rendre à l'évidence: sans croissance en Allemagne, il sera difficile d'avoir un retour à la croissance en Europe. En outre, grâce à son bon travail de rigueur budgétaire de ces dernières années, elle jouit d'une marge de manœuvre qui peut se révéler bénéficiaire à la fois à la relance de son économie et à celle de l'Europe.

Comment se déclinera le plan de relance à l'échelle européenne?
Nous avons 27 pays en Europe avec des situations très différentes : des nations en zone euro et hors zone euro, certaines en récession et d'autres dont la croissance est estimée à 4%. Ce que nous proposons donc, c'est une sorte de boîte à outils avec des principes communs pour trouver une réponse coordonnée.

Quels seront ces principes communs?
En dehors de la politique monétaire, relevant de la compétence de la Banque centrale européenne (BCE) qui a déjà prévu de poursuivre sa baisse des taux d'intérêt, je crois que la politique budgétaire peut être relancée. Cette relance est à décliner par chaque Etat membre en fonction de ses contraintes nationales. À ces programmes nationaux, viendront s'ajouter des plans européens. Quels seront-ils? Nous allons proposer l'augmentation du capital de la banque européenne d'investissement pour renforcer l'appui aux petites et moyennes entreprises puisqu'on constate encore beaucoup de limitations de crédit. Nous allons accélérer le versement des fonds structurels, prévus d'ici à 2013, en 2009-2010. Nous allons aussi promouvoir des mesures dans la recherche et l'innovation. Et puis nous allons publier quelques règles d’orientation pour le pacte de stabilité en montrant comment dans une période exceptionnelle on peut permettre aux Etats membres de donner une réponse énergique à la crise.

L'industrie automobile, la chimie, la construction, entre autres, sont des secteurs en grande difficulté. Le plan va-t-il aussi les cibler ?
Oui, il faut cibler ces secteurs-là, mais il ne faut pas non plus se faire d'illusions. Ce serait une erreur de revenir aux politiques industrielles du passé, c'est-à-dire maintenir artificiellement des entreprises, qui, dans certains cas, auront peu de chances de dépasser leurs difficultés. C'est pourquoi dans le cas de l'industrie automobile, nous sommes pour une aide doublée d'un appui à la modernisation.
 
Londres a décidé de baisser sa TVA de 2,5 points, est-ce que c’est une initiative qui peut s’harmonise avec ce plan?
L’annonce de Londres s’inscrit dans le cadre des les limites établies par l’UE. Si les Etats membres pensent qu’une telle mesure peut être utile à la relance de leur économie, pourquoi pas. Mais c’est un domaine dans lequel une réponse unifiée n’est pas utile.

Qu’est ce que vous pensez de l’idée de Nicolas Sarkozy de tenir un sommet pour la réforme du capitalisme les 8 et 9 janvier après le G20 ?
Ce n’est pas un sommet dans le sens formel du G8 ou G20, mais une grande conférence internationale avec des experts et des leaders politiques et je trouve que c’est une excellente idée. Je ne peux que saluer l’engagement et l’activité du président Sarkozy. Je peux aussi dire que je suis très fier du rôle que l’UE a eu dans la réponse à la crise. En fait, comme l’a reconnu le président américain George W. Bush, lors du G20, ce sommet était une proposition européenne. Et je crois qu’il a constitué un événement historique : il a ouvert une nouvelle page en termes de gouvernance globale.

Est-ce que vous pensez que l'UE réussira à adopter le paquet énergie climat lors du Conseil européen des 11 et 12 décembre?
Nous avons une chance d'avoir un accord global, il faut la saisir. Ce serait une erreur que l'UE, après toutes ses initiatives dans le domaine, réduise son engagement. D'autre part, j'insiste sur le fait que le paquet pour le changement climatique ne concerne pas seulement l'environnement mais aussi l'économie. Dans le secteur des énergies renouvelables, on peut créer des millions d'emplois.
Propos recueillis par Armelle Le Goff
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