REFORME - Les paysans pourront désormais sous-louer les terres dont ils ont l'usage...
Annoncée en grande pompe début octobre par Hu Jintao, la réforme du droit foncier rural a enfin pris corps dimanche, une semaine après la fin du plénum du 17ème Comité central qui avait échoué à produire un communiqué final. En successeur de Deng Xiaoping, qui avait libéré l’exploitation familiale en 1978, Hu a dû surmonter l’opposition de cadres provinciaux, principaux bénéficiaires d’un système générateur d’expropriations discrétionnaires (25.231 au 1er semestre 2008).
Que va changer concrètement cette réforme? Alors que les 750 millions de paysans chinois disposaient jusqu’à présent d’un droit d’usage de 30 ans sur des terres propriété de l’Etat, la réforme les autorise désormais à sous-louer ces terres, céder leur droit d’exploitation à un voisin ou à l’utiliser pour obtenir des prêts bancaires.
Dynamiser les campagnes
Une semi privatisation en quelque sorte, la terre restant propriété sacro sainte de l’Etat. Pour garantir la sécurité alimentaire, ils ne pourront pas non plus revendre des terres arables à des promoteurs immobiliers. Les transferts se feront par l’intermédiaire d’une «bourse de transferts des droits fonciers», dont la 1ère, mise sur pied le 13 octobre, a suscité d’emblée l’enthousiasme de la population, avide d’expérimenter une nouvelle liberté.
Objectif affiché: rassurer le paysan contre la rapacité des cadres locaux en lui offrant une meilleure visibilité sur l’avenir, seule manière d’encourager les initiatives (organisation en coopératives, achat de matériel agricole…). «La réforme pourrait conduire à la concentration des terres agricoles, aujourd’hui trop parcellisées (environ 0,5ha)», analyse André Villalonga, ingénieur du génie rural rattaché à l’ambassade de France en Chine.
«Pratiques déjà existantes»
Il rappelle toutefois que la réforme ne fait que «formaliser des pratiques déjà existantes mais illégales». A terme, il s’agit de donner aux paysans les moyens de s’enrichir, et de doubler à 900 euros par an et par habitant leur revenu disponible d’ici à 2020, afin de renforcer la consommation dans les campagnes, relais indispensable de soutien à la croissance.
Il s’agit aussi d’entraîner vers les villes des paysans en surnombre dans les campagnes, en relâchant les procédures de délivrances de cartes de résident. Mais selon André Villalonga «il existe un risque de voir apparaître des bidonvilles, surtout que les paysans qui auront vendu leur droit d’usage ne pourront plus revenir chez eux s’ils perdent leur emploi en ville».
«Compétition mondiale»
Certains experts, tel Claude Aubert, directeur de recherche à l’Inra, se montrent également dubitatifs quant à l’effet de la réforme sur la modernisation de l’agriculture. «Même en augmentant sa surface d’un demi hectare, le paysan chinois ne sera toujours pas armé pour entrer dans la compétition mondiale. Il n’y aura pas non plus véritablement d’augmentation de la productivité globale, car il n’y a quasiment pas d’économie d’échelle en agriculture et seule la productivité de la main d’œuvre va augmenter.»
Reste à savoir si les paysans, qui tirent déjà 60% de leurs revenus d’activités non agricoles, tels le travail à l’usine ou les transferts d’argent de parents partis en ville, se saisiront de cette nouvelle liberté, au risque de perdre leur terre.
A Pékin, Hélène Duvigneau