L'Etat désorganisé face au crime

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Publié le 22 octobre 2008.

Les prix Nobel se mobilisent pour Roberto Saviano, menacé de mort depuis la parution de son livre-enquête Gomorra, devenu un best-seller dans le monde entier et dont l'adaptation au cinéma concourra aux Oscars. L'appel de six d'entre eux, lancé lundi en une du quotidien italien La Repubblica, avait déjà reçu plus de 100 000 signatures hier, ainsi que de nouveaux soutiens d'écrivains.

Le texte demande à l'Etat italien de « faire tous les efforts possibles pour protéger » l'écrivain et « vaincre la Camorra », la mafia napolitaine, qui ne s'est jamais aussi bien portée mais ne goûte guère la publicité mondiale que Saviano lui a offerte avec son livre. La marge de manoeuvre des pouvoirs publics reste cependant limitée. « Le problème c'est qu'un certain nombre de responsables locaux sont étroitement liés à la mafia, quand ils ne sont pas eux-mêmes des mafieux », affirme Jacques de Saint Victor, auteur de Mafias, l'industrie de la peur.

Au lendemain de la décision de Roberto Saviano de quitter l'Italie - il est visé par de nouvelles menaces et lassé de vivre sous cloche depuis deux ans - Silvio Berlusconi a annoncé qu'il livrerait une « lutte sans merci » pour « éliminer » la mafia du sud du pays. Mais le chef du gouvernement n'est peut-être pas le mieux placé pour s'ériger en défenseur de la lutte antimafia. Fabrizio Calvi, auteur de La Vie quotidienne de la mafia, rappelle que « de forts soupçons de connivence avec le crime organisé pèsent sur Berlusconi, notamment sur le début de son ascension » politique. Si, jusqu'à présent, le Cavaliere a réussi à échapper à tout procès l'impliquant personnellement, son ancien numéro deux, Marcello Dell'Utri a, lui, été condamné en première instance pour « concours externe à association mafieuse ».

L'Etat parvient toutefois à faire régulièrement quelques « prises ». Le procès de quarante-trois membres présumés de 'Ndràngheta, le clan calabrais, a ainsi commencé lundi à Reggio de Calabre, dans le sud du pays. Les accusés sont jugés pour une vendetta sanglante peut-être à l'origine de la tuerie de Duisbourg en Allemagne, qui avait fait six morts en 2007.

Mais l'éradication de la mafia reste utopique, selon les analystes. Son « imbrication dans le tissu social, politique et économique est trop grande », souligne Jacques de Saint Victor. En outre, explique Xavier Raufer, auteur de La Camorra, une mafia urbaine, « les familles mafieuses sont invulnérables car seule la structure compte. Les individus sont interchangeables : si l'un tombe, il est aussitôt remplacé. Aucun Etat démocratique n'a trouvé le moyen de les combattre. »

S'il s'exile, Roberto Saviano devrait pouvoir échapper au sort du juge Falcone, assassiné en 1992. Même s'il redoute que la mafia n'agisse une fois la médiatisation retombée.

Faustine Vincent - ©2008 20 minutes
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