Thaïlande: «Un déni de démocratie»

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Publié le 8 octobre 2008.

BANGKOK - Depuis lundi soir, de violents affrontements opposent manifestants anti-gouvernementaux et forces de l’ordre en Thaïlande...

Depuis lundi soir, de violents affrontements opposent manifestants anti-gouvernementaux et forces de l’ordre à Bangkok, la capitale de la Thaïlande. 20minutes.fr a demandé à Olivier Guillard, chercheur à l’Iris spécialiste de l’Asie, son éclairage sur ces événements. 

Pourquoi Bangkok est-elle à feu et à sang depuis lundi soir?
Le chaos qui a enflammé le pays est dû à l’enlisement du conflit entre le gouvernement élu démocratiquement et l’opposition qui réclame la démission du Premier ministre, tout récemment élu. Après cinq semaines d’opposition calme, on est passé à une occupation physique de divers édifices gouvernementaux. Mais ce n’est pas un mouvement spontané. Il y a eu une volonté politique d’empêcher la tenue du discours du Premier ministre lundi soir. C’est une situation ubuesque. Aujourd’hui, le Premier ministre doit se cacher pour travailler et les bâtiments officiels sont occupés.

Pourquoi l’opposition demande-t-elle la démission du Premier ministre?
En installant au pouvoir des proches de Thaksin Shinawatra, Premier ministre de 2001 à 2006, les dernières élections ont montré que ses positions populistes étaient toujours majoritaires dans le pays. Surtout parmi les populations rurales. Or, les élites urbaines récusent le choix de ces populations qu’elles estiment moins tournées vers la modernité. Si les manifestants réclament un nouveau Premier ministre, c’est parce que cette élite urbaine veut reprendre le contrôle de la nation. C’est un déni de démocratie.

Quelles sont les sorties de crise possibles?
L’entourage royal, soutenu par l’armée, pourrait convaincre l’opposition de cesser ces manifestations démesurées. Mais si le bilan de ces deux derniers jours s’aggrave, la loi martiale pourrait être instaurée. L’armée n’est pas prête à recommencer un coup d’Etat. Le dernier remonte à 2006. Mais après quelques mois, à la surprise générale, les militaires s’étaient rendu compte qu’ils étaient tellement inaptes à gérer les choses qu’ils ont rendu les clefs. Le scrutin qui avait suivi avait confirmé l’impact du parti de Thaksin Shinawatra. Mais à force de le répéter, il n’est pas impossible que l’armée se dise qu’il faudrait un nouvel épisode de gestion militaire.

Pourquoi la crise se focalise-t-elle autour de Thaksin Shinawatra, chassé du pouvoir depuis  déjà deux ans et réfugié à Londres?

Même s’il a vraisemblablement des choses à se reprocher, la plupart des procédures judiciaires lancées contre lui ont une motivation politique. C’est une affaire qui ne peut être jugée sereinement en Thaïlande. En étant à l’extérieur, il est une cible idéale pour l’opposition. D’un autre côté, cela lui permet de bénéficier d’une aura de martyr. Et si son avenir politique est compromis, son modèle politique perdure. Il y a d’ailleurs une gestion un peu coupable: il est à peu près sûr que la feuille de route du gouvernement doit être émise depuis Londres, où vit Thaksin Shinawatra. Aussi, nommer Somchai Wongsawat, son beau-frère, au poste de Premier ministre n’était pas la meilleure chose à faire.

propos recueillis par A.L.
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