REPORTAGE - Ils ne sont protégés ni par la force européenne ni par la force tchadienne...
Zilera a fui le Darfour il y a cinq ans. «Des combattants à dos de cheval et en voiture étaient venus nous attaquer. Dans mon village, beaucoup de gens ont été tués, dont deux de mes frères. Après, tout le monde est parti», raconte cette Soudanaise. Depuis, elle vit dans un camp de réfugiés à Goz Beïda, à l'est du Tchad. Comme elle, 250.000 Soudanais ont quitté leurs terres pour se réfugier de l'autre côté de la frontière, et 180.000 Tchadiens ont été déplacés depuis le début du conflit au Darfour (ouest du Soudan) en 2003. Aujourd'hui, douze camps de réfugiés et une quarantaine de sites de déplacés sont regroupés à l'est du pays. Ce sont eux en priorité que l'Eufor, déployée dans la région depuis mars, est censée protéger. Sauf que la force européenne n'a pas le droit d'entrer dans les camps. Et que le détachement intégré de sécurité (DIS), une force de sécurité tchadienne -qui, elle, a le droit d'y entrer- n'est toujours pas mise en place. Le président tchadien n'a en effet toujours pas signé le décret permettant à la Minurcat, la force onusienne chargée de former le DIS, de se déployer.
«Attaques, vols et viols»
Pour être protégés, les réfugiés et les déplacés ne peuvent donc compter que sur quelques vigiles et quelques policiers tchadiens qui assurent la sécurité autour des camps. Résultat, selon un rapport d'Oxfam publié ce mois-ci, les réfugiés et déplacés sont «exposés quotidiennement aux attaques, aux vols et aux viols». «Il y a des voleurs la nuit, confirme Youssef, un réfugié arrivé dans le camp de Goz Beïda en 2004. Ils viennent armés. Parfois, il y a des tirs, mais il n'y a pas eu de blessé».
Les camps de réfugiés sont également en proie aux rebelles, qui entrent dans les camps pour tenter de les recruter. En juin dernier, lors de leur dernière offensive, les groupes armés ont opéré en plein jour. «Ils sont venus dans le grand marché d'à côté, où se croisent les habitants et les réfugiés. Un rebelle est venu vers moi et m'a dit de venir avec lui. J'ai dit non, mais il a insisté. Après, il m'a dit de lui faire signe si je changeais d'avis, et il est parti», raconte un réfugié de Goz Beïda. Pour autant, l'homme, qui a perdu cinq membres de sa famille au Darfour, assure se sentir en sécurité ici. Et, s'il espère pouvoir repartir un jour au Soudan, il sait que le moment n'est pas encore venu.
Retour improbable
«La priorité est qu'ils rentrent chez eux, explique Annette Rehrl, porte-parole du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Mais tant que la situation est difficile au Darfour, on ne peut pas les renvoyer. Pour l'instant, on n'y pense même pas». Alors que de nouvelles attaques sont survenues au Darfour, faisant craindre l'afflux de nouveaux réfugiés que le gouvernement tchadien refuse d'accueillir, beaucoup s'attendent à ce que les réfugiés et déplacés restent encore de longues années dans la région. Cette perspective a obligé l'ONU à porter une attention particulière à la population locale, qui vit mal le fait que les réfugiés aient parfois de meilleures conditions de vie qu'eux dans cette région pauvre et désertique. «La solution n'est pas facile, admet Annette Rehrl. On a toujours un impact sur la population locale. Même si on tente de les aider un peu». Et la cohabitation ne fait que commencer.
Envoyée spéciale au Tchad, Faustine Vincent