Il va y avoir du monde ce lundi au tribunal correctionnel de Paris. Et du beau. Sur les bancs des prévenus: 42 personnes citées à comparaître par le juge Jean-Baptiste Parlos. Parmi elles: les deux principales figures du procès, Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, mais aussi l'ancien ministre Charles Pasqua, son conseiller et ex-préfet Jean-Charles Marchiani, l'économiste Jacques Attali, l'écrivain affairiste Paul-Loup Sulitzer, et le fils d'un ancien président de la République, Jean-Christophe Mitterrand. Le coeur de l'affaire? Un gigantesque trafic d'armes, opéré de 1993 à 1998 par Pierre Falcone, via sa société Brenco et Arcadi Gaydamak, au profit de José Eduardo Dos Santos, président de l'Angola, en butte aux rebelles de l'Unita.
L'instruction, menée par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prevost-Deprez, mène au coeur de la République et de ses zones grises. Une affaire extrêmement gênante. D'ailleurs, des «recommandations», venues de l'Elysée, auraient tenté de faire entendre au président du tribunal et aux représentants du parquet que les nouvelles relations entre Paris et Luanda pourraient se trouver entachées par une trop grande publicité autour des commissions reçues par les officiels angolais. Pour l'Hexagone, l'Angola (20% de croissance et une production annuelle de 1,85 million de barils par jour) pourrait, bientôt, être le lieu de juteux contrats. Pas question, donc, de se fâcher avec une classe politique pourtant arrosée de pots-de-vin. Aucun d'entre eux n'est cité à comparaître.
C'est pourtant bien José Eduardo Dos Santos qui, en 1992, après les refus de Paris, fait appel aux réseaux de Pierre Falcone, lui-même en lien avec Arcadi Gaydamak, un homme d'affaires d'origine russe. Celui-ci lui fournit chars, obus, hélicoptères, navires de guerre, tous de fabrication soviétique. Soit la somme de 790 millions de dollars dont la répartition est dûment répertoriée par l'assistante de Falcone, Isabelle Delubac. Chez elle, les juges ont retrouvé 26 disquettes, contenant les intitulés de dizaines de comptes et le décompte d'enveloppes remises en cash dans des cafés des Champs-Elysées. Un vrai thriller dont les protagonistes rechignent à assumer leurs rôles. Il n'est en effet pas dit que Pierre Falcone ou Arcadi Gaydamak, qui encourent chacun dix ans de prison, soient présents ce matin. En Angola, les 500.000 victimes du conflit ne sont plus là pour témoigner non plus...