C'est le cauchemar des armées occidentales. Pourtant, autrefois, du temps de la lutte contre les Soviétiques (1979-1989), « on disait de lui que c'était l'enfant chéri des Américains », rappelle Karim Pakzad, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Les choses ont bien changé. Gulbuddin Hekmatyar, qui a revendiqué hier la responsabilité de l'embuscade qui a tué dix soldats français près de Kaboul le 18 août, est aujourd'hui l'homme à abattre pour l'Alliance atlantique.
Né en 1947, dans le nord du pays, Hekmatyar s'est rallié tardivement aux talibans avec qui il a toujours eu des relations compliquées. En 1996, le guerrier sunnite avait fui les étudiants de Kandahar en Iran. En 2002, forcé par Téhéran à rejoindre l'Afghanistan, il propose aux talibans un front commun que ceux-ci déclinent. Il lance tout de même un appel au djihad contre les Etats-Unis. Depuis, ses troupes du Hezb-e-islami, un parti islamique qu'il a lancé au Pakistan où il s'est réfugié en 1973 après le renversement du roi Zaher Shah, et celles des étudiants en religion de Kandahar seraient soudées par la lutte contre les forces étrangères présentes en Afghanistan. Ce ralliement, ainsi que celui d'autres chefs de guerre comme Jalaludin Haqqani, aurait apporté beaucoup à l'offensive talibane et leurs alliés d'Al-Qaida. « Al-Qaida s'est reconstruit sur les ruines de l'après-11 Septembre en bénéficiant du soutien des zones tribales » afghanes et pakistanaises, expliquait récemment Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) au Figaro. »
Mais Hekmatyar pourrait à nouveau retourner sa veste », affirme Olivier Guillard, spécialiste de la région. L'ancien chef de guerre afghan est connu pour ses revirements. Mais reste que le chef de guerre est un homme influent, très implanté dans les environs de Kaboul et dans l'est du pays. Sa traque ne sera pas chose facile pour les quelques 70 000 soldats engagés aux côtés des Américains d'Enduring freedom et de l'Otan. Issu de l'ethnie majoritaire afghane, les Pachtounes, « Hekmatyar bénéficiera toujours, dans cette zone montagneuse de l'est de Kaboul, du code tribal pachtoune, un code d'honneur qui fait de l'hospitalité une valeur cardinale et est très ancré », affirme Karim Pakzad.