C'est la ruée vers le Grand Nord. Jusque récemment, le cercle arctique semblait présenter peu d'intérêt. Le réchauffement climatique aidant, cette région, située au nord du 66e parallèle, suscite un regain d'attention. En 2007, le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a établi à 3 % par an le rythme moyen de fonte des glaces de la région. Un phénomène, qui, en provoquant une hausse du niveau des mers et des océans, risque de peser durement sur l'écosystème de la planète.
Mais, cette nouvelle donne ouvre aussi des perspectives. Sous la banquise, en effet, les réserves pétrolières et gazières seraient considérables - jusqu'au quart des réserves mondiales. On parle aussi de minerais et de diamants. Egalement en jeu : le contrôle de nouvelles routes maritimes. Et le tourisme. Ces terres de glace ne manquent pas de charme. Résultat : les croisières s'y multiplient. Autant dire que, désormais, ces mers, qu'on avait un peu vite baptisées « océan oublié », sont devenues très convoitées.
Tout a commencé le 2 août 2007 : deux sous-marins russes plantent leur drapeau au fond de l'océan. Au sein des nations circumpolaires, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis et la Norvège, entre autres, c'est le branle-bas de combat. Pas question de se faire voler sa portion de territoire ! D'autant que le tracé des frontières n'est pas clairement établi. Depuis s'est engagée la première manche d'une bataille qui risque de faire rage ces prochaines années. Jeudi dernier, Dmitri Medvedev, président de la Fédération de Russie, en a remis une couche, appelant à légiférer pour « tracer la frontière extérieure du plateau continental russe ». Réaction immédiate et courroucée du Canada.
« Il y a fort peu de risques de voir ces rivalités dégénérer en conflit armé, nuance néanmoins le chercheur Stéphane Roussel, auteur de « Rivalités à fleuret moucheté sur l'Arctique », dans L'Etat du Monde 2009 (éd. La Découverte). Tout indique, en effet, que ces désaccords pourront trouver une solution politique ou juridique. » En revanche, comme le rappellent Richard Labévière et François Thual dans La bataille du Grand Nord a commencé (éd. Perrin), sur le plan environnemental, il y a urgence.