DECRYPTAGE - Pourquoi les marins restent-ils dans cette zone dangereuse et que faire pour lutter contre la piraterie...
Après le «
Ponant» et le «
Carré d’as», le «
Drennec». Trois bateaux français, qui viennent s’ajouter au tableau de chasse des pirates qui sévissent au large des côtes somaliennes.
L’Union européenne a décidé de s’attaquer au problème lundi, en créant une «cellule de coordination». En France, le ministre de l'Agriculture et de la Pêche Michel Barnier annonce une réunion interministérielle pour les jours qui viennent. Décryptage d'un phénomène qui ne cesse de prendre l'ampleur.
Pourquoi les côtes somaliennes sont-elles si dangereuses?
Les actes de piraterie ont essentiellement lieu au
Puntland. Cette région est située au nord-est de la Somalie et est considérée comme la zone maritime la plus dangereuse du monde. Il s’agit d’un Etat auto-proclamé qui s’est déclaré indépendant en 1998 pour échapper à la guerre civile en Somalie. Les forces de l’ordre de cette région souffrent d’un grand manque de moyens, et les membres de la police ou des milices au service du gouvernement ne sont pas payés. Quant aux militaires, ils sont implantés dans d’autres zones, secouées par de violents conflits. Ces absences cumulées laissent le champ libre aux exactions des pirates dans la région côtière désertée. En 2007, une trentaine d’actes de piraterie y ont été recensés. Un chiffre dont on s'approche déjà en 2008.
>> Les autres zones à risques avec la googlemap des actes de piraterie
>> Le rapport hebdomadaire sur la piraterie du Bureau maritime international (en anglais)
Pourquoi les marins n’évitent-ils pas cette zone?
Dans le secteur, les pirates opèrent sur plus de la moitié de la zone de pêche. L’Ouest de l’océan indien représente 30% de la ressource mondiale de thon. Difficile de se passer d’un tel vivier, surtout dans le contexte de crise que connaît la pêche actuellement. De plus, «il s’agit d’un passage incontournable pour le commerce ou le convoyage», affirme Francis Vallat, président de l’
Institut français de la mer et du
cluster maritime français. Contacté par 20minutes.fr, il explique que «les pirates interviennent désormais jusqu’à 800 milles des côtes. Un détour par le Cap de Bonne-Espérance allongerait le trajet de plus de deux mois.»
Francis Vallat estime qu’en raison de la mondialisation des échanges, «le 21e siècle sera maritime.» Il ajoute qu’à l’heure actuelle, par rapport au nombre de navires qui empruntent ce passage obligé, «le risque d’attaque est faible. Mais tout risque de cette nature est intolérable.» Il rappelle en outre que «310.000 personnes ont en France un emploi direct dans le secteur maritime. On peut décider d’arrêter toute activité dans cette zone, mais des emplois sont menacés.»
Quelles solutions sont envisageables?
L’
Organisation Maritime Internationale (OMI) alerte les autorités depuis juillet 2007 sur la situation. Dans une de ses résolutions, elle appelle les marins à ne pas croiser à moins de 300 milles des côtes somaliennes, ce qui s’avère insuffisant. L’ONU a adopté le 2 juin dernier une résolution sur les actes de piraterie dans la région. Elle entend mobiliser ses états-membres et les autorise, pour une durée de six mois, à entrer dans les eaux territoriales somaliennes afin de réprimer les actes de piraterie et les vols à main armée en mer par «tous les moyens nécessaires».
En France, Michel Barnier avance plusieurs pistes pour «limiter ou maîtriser les risques»: faire en sorte que «ces bateaux pêchent de manière un peu plus collégiale et non pas de manière isolée», «faire des surveillances aériennes» ou «des missions de protection». Des escortes ont déjà été mises en place par le Danemark, les Pays-Bas ou la France, mais uniquement autour des convois acheminant l'aide humanitaire en Somalie.
Pour Francis Vallat, «il faut arrêter le bricolage». Il affirme que «la présidence française de l’UE peut être un point d’appui formidable.» Selon lui, «la Marine nationale française a démontré sa compétence dans l’affaire du Ponant.» Une efficacité dont peuvent se targuer d’autres pays européens. «La réponse mondiale prendra du temps, conclut-il, l’Europe de la Défense est un échelon pertinent pour gagner du temps. Les pays de l’UE doivent envoyer des
task forces sur place.»
>> A lire: Les pirates, ça existe encore?
Julien Ménielle