On ne connaissait de lui que sa femme, Benazir Bhutto, dont il coprésidait le parti, le PPP. La communauté internationale va maintenant le découvrir lui. Asif Ali Zardari, 52 ans, est en passe d'être élu demain président. Discret lorsque sa femme dirigeait le pays, l'homme traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Surnommé « Monsieur 10 % » pour les commissions occultes qu'il était accusées d'empocher pour chaque marché public, il a toutefois été blanchi d'une partie de ces accusations de corruption en 2004 après onze années en prison et amnistié pour le reste en 2007 par Musharraf.
Ce fils d'une famille de propriétaires terriens était un play-boy, joueur de polo et amateur de belles voitures, avant d'épouser Bhutto en 1987. Son épouse devenant Premier ministre en 1988, il s'est frayé une place au sein de la nomenklatura politique et obtint un poste de ministre. Emprisonné à la fin des deux gouvernements Bhutto (en 1990 et 1996), il ne sortira de prison qu'en 2004. Il rejoint aussitôt son épouse en exil à Londres puis Dubaï, d'où il ne reviendra qu'au lendemain de l'assassinat de sa femme fin décembre. A partir de cette date, « il a montré qu'il avait un sens politique et tactique remarquable, car le PPP est arrivé en tête des élections législatives de février, note Jean-Luc Racine, directeur de recherches au CNRS. Il a été habile, car il est apparu comme celui qui commandait les choses, alors qu'il n'avait aucune fonction élective. » Peut-il ouvrir une nouvelle ère au Pakistan ? « Ce n'est pas évident du tout vu son passé, souligne le chercheur. Les Pakistanais l'attendent sur sa faculté à s'attaquer enfin aux problèmes du pays. » Et en finir avec les manoeuvres politiciennes de ces derniers mois.