Le sujet de cette prise de bec – ne rigolez pas – c’est de savoir combien de maisons possède McCain. Dans une interview à Politico, McCain n’a pas su dire combien de maisons il avait. (Alors qu’en fait, ce n’est pas compliqué: il n’en possède aucune. Elles sont au nom de sa femme. Il n’en partage que quatre avec elle, elle en possède au moins trois autres.)
Et tant pis pour le désir d’Obama de remonter le niveau du débat politique! Ces promesses sont plus faciles à tenir quand vous êtes en tête dans les sondages, mais l’avance d’Obama s’est érodée. McCain a alors lancé une série de clips attaquant le passé d’Obama (souvent en le déformant) et son ami Joe Lieberman a remis en cause le patriotisme du candidat démocrate. On a officiellement atteint le stade «tout est permis» de la campagne.
Et pour être honnête, le spot d’Obama était fondé. Jusqu’à maintenant, il avait dû sélectionner des citations hors contexte de McCain sur l’économie pour montrer que le républicain était hors du coup. Ici, il n’a pas eu à faire le tri.
L’équipe de McCain n’a pas tardé à répondre, elle a dit qu’elle était désormais libre de parler des nombreux amis douteux d’Obama: Tony Rezko, William Ayers, Jeremiah Wright. Pourquoi se sont-ils sentis autorisés à le faire? Parce qu’Obama s’en est pris à la femme de McCain.
Vous avez peut-être du mal à suivre. Je vous explique. Dans chaque mariage, on se partage les tâches. Ma femme retient les noms des copains des enfants et moi je répare l’évier quand il fuit. Chez les McCain, Cindy McCain, héritière de la fortune d’un distributeur de bière, possède les maisons et John McCain s’occupe d’essayer d’accéder à la Maison Blanche. C’est pourquoi toute attaque portant sur les maisons de McCain est une attaque envers Cindy.
Un porte-parole de McCain a répliqué en traitant Obama d’«intello» et a rappelé aux électeurs que celui-ci avait dit des pauvres gens de Pennsylvanie qu’ils se cramponnaient, par amertume, aux armes et à la religion. Il a aussi fait remarquer qu’Obama habitait dans une demeure qui a coûté 4 millions de dollars et qu’il a achetée «grâce à l’aide douteuse d’un ami condamné par la justice».
L’équipe de McCain a ensuite concocté un spot de campagne dans lequel elle associe l’achat de la maison d’Obama à Tony Rezko, l’ami condamné par la justice mentionné ci-dessus (pour fraude et corruption), dont la femme a aidé Obama à acheter une partie de son terrain. Obama a déclaré qu’avoir laissé ce trafiquant d’influence l’aider a été l’une de ses plus graves erreurs de jugement.
Qui gagne ? Difficile à dire. Certes, McCain a pu paraître hors du coup. Mais cette bataille a pu permettre de rallier sa base. Avant toute cette histoire, Rush Limbaugh (Ndlt : célèbre animateur de radio républicain) prédisait une révolte de la base si McCain choisissait un vice-président pro-avortement. Mais avec l’attaque d’Obama sur McCain, Rush a changé de cible et concentre désormais ses attaques vers Obama. McCain et sa femme «n’ont pas acheté leur maison grâce à un marché conclu avec un escroc comme Tony Rezko», a-t-il déclaré, «mais le Messie, oui» (c’est ainsi qu’il appelle Obama). Dans le même temps, un groupe indépendant a présenté un spot publicitaire rappelant les liens entre Obama et William Ayers, ancien membre du Weather Underground (ndlt : mouvement américain d’extrême-gauche qui a commis des attentats aux Etats-Unis dans les années 1970).
Si McCain a répondu si violemment, c’est parce que l’attaque est potentiellement dévastatrice, dans une élection qui, semble-t-il, dépendra uniquement des questions économiques. Mais pour l’image d’Obama, le simple fait de s’engager dans une telle bataille est dangereux. Il est le candidat du changement, alors que ça, c’est de la politique on ne peut plus ordinaire. Ayers, Rezko et Wright devaient ressortir tôt ou tard, ils sont désormais au cœur du débat. Une chose est sûre: le jeu prend une sale tournure, et ce n’est certainement pas prêt de s’arranger.