GEORGIE - Les réfugiés qui affluent, les volontaires qui veulent se mobiliser... la capitale vit avec anxiété au rythme des nouvelles de la guerre...
Tbiliissi, envoyé spécial
A Tbilissi il n’y a eu ni combats ni bombardements. Mais la tension est palpable dès l’instant où l’on pose le pied dans la ville. Dans les rues, dans les magasins, les habitants de la capitale se regroupent pour suivre avec anxiété les nouvelles de la guerre.
Devant les commissariats de police, des queues toute la journée se sont formées – pour la plupart constituées d’hommes jeunes, venus se porter volontaires pour partir au combat.
Des volontaires enregistrés
Pour l’instant, la mobilisation n’a été décrétée que pour les 100.000 réservistes, mais en cas de besoin, ces volontaires seront déjà enregistrés et prêts à partir. «Dans ce bureau, nous avons envoyé 500 réservistes à la caserne. Mais rien qu’aujourd’hui, nous avons eu mille volontaires qui sont venus s’enregistrer. Heureusement pour l’instant le gouvernement n’a pas fait appel à eux. Mais s’il le faut, nous serons tous prêts à défendre notre patrie».
Partout dans la ville, l’état de guerre se fait ressentir : samedi en fin d’après-midi, se frayant un chemin entre les voitures sur l’avenue principale de Tbilissi, une colonne de réfugiés en provenance d’Ossétie du Sud s’est rassemblée devant le Parlement. «L’Amérique nous a trahis ! Il est où, notre président?», s’étrangle Otar, un réfugié de Tamaracheni.
«Toute la vallée a été rasée»
Comme huit autres villages peuplés essentiellement de Géorgiens, Tamaracheni est enclavé dans une vallée peuplée de Géorgiens au cœur de l’Ossétie. Cette enclave, plus communément nommée la «vallée de Didi Liakhv», se trouve sur la route entre Tskhinvali, la capitale séparatiste, et la frontière russe.
Aujourd’hui, selon les réfugiés, elle n’est que désolation. «Toute la vallée a été rasée. Les Russes, les Cosaques et les Tchétchènes sont arrivés avec leurs tanks, et il ne reste plus une maison debout.»
Ces réfugiés, dont le nombre allait grossissant au cours de la soirée, affirment voyager depuis avant-hier par leurs propres moyens pour quitter la zone de conflit. Ils réclament à présent au gouvernement des logements provisoires.
Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont vu des proches mourir sous les bombardements. Certains affirment même avoir été les cibles de l’aviation russe alors qu’ils essayaient de fuir la zone.
Réseau téléphonique surchargé
D’autres n’arrivent pas à avoir des nouvelles de leur famille. Toute la journée, le réseau de téléphonie mobile a été surchargé et il était très difficile voire impossible d’émettre ou de recevoir des appels.
«Je sais que mon mari est encore là-bas, mais je ne sais pas s’il est encore vivant. Ceux qui sont restés se cachent dans les caves, ils ne peuvent pas sortir à cause des bombardements», explique Lia, venue avec sa belle-sœur de la vallée de Didi Liakhvi.
Et suite au bombardement violent de Gori par l’aviation russe, une ville proche de la zone de conflit, de nombreux civils auraient quitté la zone. Ce qui devrait faire grossir encore le nombre des réfugiés à Tbilissi. Et la tension ambiante par la même occasion.
Emmanuel Guillemain d'Echon