« Musharraf est bien décidé à se battre »

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Publié le 7 août 2008.

PAKISTAN – Les partis de la coalition gouvernementale ont lancé une procédure de destitution contre le général Musharraf. Mariam Abu Zahab, spécialiste du Pakistan et chargée de recherche au CERI-Sciences Po, revient sur cette situation inédite.

Les partis de la coalition gouvernementale ont lancé ce jeudi une procédure de destitution contre le général Musharraf. Mariam Abu Zahab, spécialiste du Pakistan et chargée de recherche au CERI-Scences Po, explique les raisons de cette crise politique et donne des pistes sur l’avenir de Musharraf.
 
Pourquoi cette procédure de destitution?

 
C’est une première dans l’histoire du Pakistan. Les partis de la coalition gouvernementale, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) de Nawaz Sharif et le Parti du peuple pakistanais (PPP) du mari de Benazir Bhutto, ont enfin réussi à se mettre d’accord sur le sort de Musharraf et la réintégration des juges de la Cour Suprême destitués par le président pakistanais l’an dernier. Jusqu’ici, la coalition était très instable.
 
Ces partis avaient pourtant été portés au pouvoir par un fort mécontentement populaire?
 
Oui, les élections législatives du 18 février dernier avaient tourné au référendum anti-Musharraf, et placé l’ex-opposition en position de force. On pensait même à l’époque que le président démissionnerait. Les reproches faits au général Musharraf sont nombreux. Sa politique d’alliance avec les Etats-Unis est très critiquée. Le peuple a le sentiment que l’armée se bat dans les zones tribales du Pakistan pour l’intérêt des Etats-Unis, qu’il s’agit d’un repère de mercernaires. Et la situation a empiré avec la multiplication des attentats. Musharraf n’a pas réussi à leur vendre l’idée que cette alliance était bénéfique pour la sécurité du pays.
 
Et la situation économique du pays n’est guère reluisante…

 
Elle est catastrophique! La pénurie d’énergie est gravissime. Avec la hausse du cours du pétrole, le Pakistan a épuisé ses réserves de devises dans les importations. La hausse des prix des transports, celle des prix des biens de consommation courante sont faramineuses. Et le chômage a beaucoup augmenté avec la fermeture des usines textiles, toujours à cause du manque de ressources énergétiques.
 
Musharraf semble dans les cordes…

 
Attention, ce n’est que le début d’un processus qui risque de prendre plusieurs semaines. Ce n’est pas encore gagné pour la coalition gouvernementale. Il lui faut une majorité des 2/3 au Parlement. Autant c’est possible à l’Assemblée, autant les partisans de Musharraf sont encore nombreux au Sénat. Musharraf s’accroche au pouvoir. Il est bien décidé à se battre. Musharraf est un ancien soldat commando, un impulsif, qui utilise d’abord la force et réfléchit après. Jusqu’ici, cela lui a toujours réussi.
 
Quelles sont ses options?

 
Il peut décréter l’état d’urgence comme en novembre 2007, et dissoudre le Parlement. Mais il y a un tel mécontentement au Pakistan que cette fois, les gens descendraient dans la rue massivement. Musharraf est beaucoup plus impopulaire qu’en novembre dernier. Il faut aussi qu’il ait le soutien de l’armée. Or le chef d’état-major, pro-américain, s’est tenu à l’écart de la politique depuis sa nomination en décembre 2007. Et l’armée, durement touchée dans les zones tribales, est démoralisée. L’autre alternative, plus probable, est que tout se joue dans les coulisses comme ces cinq derniers mois, avec maquignonnage et tractations entre partis.
 
Et l’allié américain?
 
Avec une mauvaise foi parfaite, les Américains assurent que c’est une affaire interne. Mais je peux vous assurer que cela court dans tous les sens en interne pour éviter que la situation ne s’envenime et que Musharraf ne déclare l’état d’urgence. Ils ne peuvent ignorer les remous dans ce pays allié, puissance nucléaire qui plus est. 
Recueilli par Mathieu Grégoire.
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