Pékin a bien décidé de geler les investissements français

ECONOMIE Après le tourisme, le commerce. La capitale chinoise a bien décidé de geler les investissements français pour trois mois...

De notre correspondante à Pékin, Caroline Dijkhuis

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Manifestation contre un magasin Carrefour, à Guangzhou, dans la province de Guangdong, en Chine, le 20 avril 2008.

Manifestation contre un magasin Carrefour, à Guangzhou, dans la province de Guangdong, en Chine, le 20 avril 2008. — Alvin Chan / Reuters

Après le tourisme, le commerce. Pékin a bien décidé de geler les investissements français pour trois mois, et l’ambassadeur de France Hervé Ladsous a même rendez-vous avec le ministère du Commerce ce mardi, pour évoquer cette «décision administrative informelle», selon nos informations.

Le pot-aux-roses a été découvert la semaine dernière par un cabinet d’avocats qui voulait enregistrer une filiale d’une société française, comme l’a révélé lundi Les Echos. «Une entreprise importante et représentative du savoir-faire français, précise l’avocat concerné à 20minutes.fr, tout en souhaitant garder l’anonymat. Après nous avoir confirmé que le dossier était bien complet, on nous a informés qu’il y aurait un délai dans le traitement à cause des Jeux olympiques, puis trois mois de «gel», mon client étant une entreprise française.»

Un seul dossier, et seulement à Pékin

Pour l’instant, l’ambassade de France à Pékin s’en tient à la déclaration du Quai d’Orsay, qui affirme «ne pas avoir connaissance d’une quelconque décision officielle.» Mais voilà, plusieurs avocats d’affaires de Pékin auraient eu confirmation d’une «note administrative informelle qui circule dans les bureaux de la municipalité.»

Pour l’instant, cette note ne circulerait qu’à Pékin, qui regroupe près de 20% des investissements français en Chine. « Aucun rejet ou gel de dossier n’a été constaté à Shanghai», confirme-t-on au consulat de France là-bas. Enfin, ce seul dossier aurait été «gelé» jusqu’ici. «Mais s’il y a discrimination, même si c’est une période où on compte peu de dépôts et que 70% des investissements français sont réalisés via d’autres pays, c’est scandaleux!», s’indigne-t-on discrètement à la Mission économique de Pékin.

L’affaire rappelle bien entendu la polémique des voyagistes chinois, à qui des «ordres informels» de boycott de la destination Paris avaient été donnés il y a deux mois. Jusqu’à la méthode, ces ordres donnés au sein de la municipalité de Pékin, de façon «informelle», qui permettent au gouvernement de ne pas être directement impliqué.

Les notes fantômes, une «pratique courante» en Chine

«C’est une pratique courante ici, les notes administratives qui n’existent pas», explique un observateur. C’est sur cette notion que jouent d’ailleurs les diplomates pour sortir de la crise: puisque les ordres n’existent officiellement pas, l’ambassade demandera certainement, comme elle l’avait fait pour le tourisme, un démenti formel des autorités chinoises. Une fois ce démenti établi, la «note» disparaîtra… Le tout est de savoir combien de temps il faudra attendre jusqu’à sa publication.

Pour le tourisme, les rumeurs expliquaient qu’il s’agissait d’une mesure de rétorsion de la ville de Pékin envers la ville de Paris qui avait fait du dalaï-lama un citoyen d’honneur. Le fait que le chef du gouvernement tibétain en exil soit attendu en France cet été ne doit pas être étranger à ces nouvelles attaques en sous main contre la France. Et la présence de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d’ouverture des Jeux n’y change rien. «Les Chinois ont compris qu’à chaque fois qu’ils tapent sur la France, la France s’excuse. Alors ils continuent à taper », affirme le même observateur.

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