CAPTIVITE - Chaînes au cou, humiliations, manque de nourriture…
Chaînes au cou, humiliations, manque de nourriture… Retour sur les conditions de détention d’Ingrid Betancourt durant ses six années de captivité.
>>> Retrouvez notre dossier sur la libération d'Ingrid Betancourt
Humiliations
Vendredi matin, sur
Europe 1, Ingrid Betancourt a reconnu avoir été victime de «tortures, vexations et humiliations». «Elles ont existé. La seule chose à dire à ce sujet, c'est le devoir que nous avons chacun de nous surveiller. J'ai senti qu'il y a des tentations à se laisser aller à des comportements démoniaques (...) Je pense qu'il faut garder une grande spiritualité pour ne pas glisser dans cet abîme».
Ses geôliers sont durs et lui font subir des sévices dont elle préfère ne pas parler, affirmant avoir été «traitée comme un chien». «Lorsque j'ai pris cet hélicoptère et que je me suis élevée au dessus de cette jungle, je me suis dit à moi-même que ces détails sordides ne devaient pas être portés à la connaissance du public», a-t-elle expliqué, se contentant de préciser: «J'ai eu les chaînes tout le temps, 24 heures sur 24, pendant trois ans.» Des entraves au cou, aux poignets et aux chevilles que les
Farc lui attachent après ses cinq tentatives d’évasion et dont elle porte encore les traces.
Quotidien
«Dans la jungle, la moindre chose est un luxe. Il fallait faire attention aux objets essentiels comme une brosse à dents ou un bout de savon», souligne l’ex-otage. Et de détailler, d'une voix sereine les longues marches dans la jungle, les Farc obligeant leurs otages aux déplacements incessants pour ne pas être repérés, les vêtements toujours humides, le sac trop lourd à porter.
Et pour ne rien arranger, l’épuisement physique se double d’un manque de nourriture, surtout vers la fin de la captivité. « Depuis ces derniers mois nous ne mangions plus de fruits frais et de légumes. Les bottes qu'ils nous donnaient pour les marches étaient usées et éculées et enfin nous vivions dans des cabanes dévastées ou dans des tentes reprisées qu'il fallait en permanence recoudre. Les sous-vêtements faisaient défaut.» Des manques qu’Ingrid Betancourt attribue aux difficultés logistiques grandissantes que rencontrerait la guérilla.
«La mort est la compagne la plus fidèle d'un otage. La tentation du suicide est quotidienne», explique-t-elle avant d’affirmer que ce sont les messages de ses proches qui l'ont aidée à tenir le coup. D’autant que ses ravisseurs la privaient parfois de médicaments.
Santé
En novembre 2007, les Farc font parvenir
une vidéo d'Ingrid Betancourt comme preuve de vie, pour rassurer ses proches. Les images produiront l’effet inverse: l’otage apparaît muette et décharnée. Très malade pendant des mois, elle était au moment de la vidéo en voie de guérison, confiera-t-elle à sa libération.
La santé de la franco-colombienne est alors au cœur des spéculations. Elle souffrirait d’une hépatite B virulente et aurait contracté une maladie de peau dans la jungle. Si elle se fait discrète sur ce sujet, elle reconnaît volontiers qu’elle doit son salut en partie à William Perez, soldat-infirmier de l’armée colombienne également retenu par les Farc. «Quand j'étais au plus mal, il m'a nourrie comme un enfant: une cuillerée pour Mélanie, une cuillerée pour Lorenzo…» Le médecin-chef de l’Elysée doit l’ausculter prochainement pour connaître précisément son état.
Sandrine Cochard