DIPLOMATIE - Le président français veut aider à la paix mais...
Un travail de funambule. En visite d’Etat en Israël, Nicolas Sarkozy tente de trouver la juste mesure. Ami déclaré de l’Etat hébreu - ainsi qu’il l’a revendiqué à maintes reprises et longuement rappelé dans un
discours d’une demi-heure ce lundi à la Knesset, il se veut l’ami qui dit la vérité. «La vérité, c'est que la sécurité d'Israël ne sera véritablement assurée que lorsqu'à ses côtés, on verra enfin un
Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable», a-t-il martelé devant un hémicycle comble.
Avant de décliner les conditions de la paix: «Il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat de la colonisation (…)», y compris à Jérusalem-Est, affirmait-il dans une interview au quotidien arabophone Al-Qods, parue le matin même. Pas de paix non plus, «si les Palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme (...) sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens (...)». Enfin, pour Nicolas Sarkozy, qui a rappelé les origines juives de son grand-père, pas de paix «sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats». Sans grand enthousiasme, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne a salué l’allocution dans l’après-midi.
Union pour la Méditerranée
Nicolas Sarkozy a toujours revendiqué son volontarisme. Et, même dans le contexte du conflit israélo-palestinien, le président français propose de jouer les facilitateurs. Alors que Paris s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne, le chef de l’Etat français s’est dit prêt, aux côtés des instances européennes, «à apporter sa contribution à la paix». «C’est dans cet esprit (…) que la France fera tout (…) pour faire aboutir le projet d’Union pour la Méditerranée» décrite comme un moyen d’espérer «qu’un jour les enfants de la Méditerranée cessent de se haïr».
Destiné à réunir dans une même entité les pays du Maghreb aux côtés d’Israël, du Liban, mais aussi de la Syrie, ce projet doit tenir son premier sommet le 13 juillet à Paris. Déjà confirmée, la présence de Bachar al-Assad est interprétée comme un signe positif par l’Elysée. Dans l’entourage présidentiel, le retour de la Syrie sur la scène internationale est considéré comme un moyen d’isoler l’Iran et ses velléités nucléaires, qui menace Israël et nécessite, ainsi que l’a répété Nicolas Sarkozy «une réaction d’une extrême fermeté».
Accueil palestinien
«C’est une région où la magie du verbe, ça compte», croit-on savoir à l’Elysée. Mais cette magie pourrait être rapidement rattrapée par les réalités autrement plus complexes. Ce lundi, le chef de l’opposition Benyamin Netanyahou a précédé Nicolas Sarkozy à la tribune avec un discours très dur. L’Elysée a beau éluder, le fait que l’homme compte parmi les favoris pour succéder à l’actuel Premier ministre, en délicatesse avec la justice et son électorat, ne laisse pas augurer d’une reprise des négociations, au point mort depuis la conférence d’Annapolis de novembre 2007.
Mardi, lors de sa courte étape présidentielle à Bethléem, en territoire palestinien, Nicolas Sarkozy pourrait aussi se heurter au scepticisme de la rue palestinienne. Car si les Israéliens lui ont déroulé le tapis rouge, les Palestiniens, eux, pourraient se montrer autrement moins enthousiastes.
A Jérusalem, Armelle Le Goff