DECRYPTAGE - Alors que l’opposant de Robert Mugabe s’est réfugié à l’ambassade des Pays-Bas à Harare après s’être rétiré de la course à la présidentielle, le pays entre dans une grave crise politique… Explications
Alors que l’opposant de Robert Mugabe
s’est réfugié à l’ambassade des Pays-Bas à Harare
après s’être rétiré de la course à la présidentielle, le pays entre dans une grave crise politique… Explications
Pourquoi la situation est-elle aussi tendue au Zimbabwe ?
Depuis les élections générales du 29 mars, perdues par le régime, les violences se sont multipliées au Zimbabwe, à l'approche du second tour qui a lieu dimanche prochain. Robert Mugabe, âgé de 84 ans, qui s'accroche au pouvoir a affirmé à de nombreuses reprises sa détermination à ne pas passer la main à une opposition inféodée, selon lui, à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Du coup, il a remis en question les résultats de l’élection et exerce des pressions sur l’opposition.
Qu’est-ce qui a poussé l’opposant de Mugabe à se retirer de la course présidentielle dimanche?
Le leader de l’opposition au Zimbabwe Morgan Tsvangirai a annoncé dimanche son retrait du second tour de la présidentielle en invoquant les violences dont sont victimes ses partisans. «Nous ne pouvons pas demander aux gens de voter le 27 juin alors que ce vote leur coûtera la vie», a-t-il déclaré. D’après des organisations indépendantes de défense des Droits de l’homme, 85 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers d’autres déplacées, des partisans de l’opposition pour la plupart.
Les élections donnaient-elles l’opposant de Mugabe favori?
En effet, Morgan Tsvangirai considère être sorti vainqueur du premier tour du scrutin mais il avait fini par accepter la perspective d’un second tour… Il a alors fait l'objet d'un boycott de la part des médias contrôlés par les pouvoirs publics et la police a interdit plusieurs de ses meeting électoraux. Avec les violences et les intimidations faites par le pouvoir en place, il a fini par se retirer de la course dimanche.
Mugabe quant à lui, tient l'opposition pour responsable des violences et nie toute implication des forces de l'ordre dans les troubles qui ont émaillé le déroulement du scrutin.
Quels sont les faits reprochés à Robert Mugabe par la communauté internationale?
Cette crise latente dure depuis des années et remonte à l’histoire du pays: Le 18 avril 1980, l’ancienne Rhodésie accédait une nouvelle fois à l’indépendance sous le nouveau nom de Zimbabwe, alors un pays riche. Une richesse, objet de divisons entre les blancs et les noirs. Mugabe au pouvoir depuis l’indépendance met en œuvre sa réforme agraire dans les années 90: elle sera un désastre qui conduira à la crise, et à une situation de forte pauvreté. Autant d’ingrédients qui ont permis la mise en place d’un régime autoritaire.
Ainsi, le régime de Mugabe a bloqué vendredi tout effort de campagne de l'opposition pour le second tour de l'élection présidentielle et a suspendu l'accréditation des ONG, suscitant un tollé international. En milieu de journée lundi à Harare, la police zimbabwéenne menait un raid au siège du parti de Tsvangirai. Des militants et des sympathisants du parti ont été emmenés par les forces de l'ordre.
Robert Mugabe « qui se croit désigné par Dieu et que Dieu doit maintenir à son poste, n’est rien qu’un escroc et un assassin», a déclaré dimanche, depuis Jérusalem, Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères. Il a estimé que le retrait de son opposant à cause des violences était « le plus grand déni de démocratie que l’Afrique ait connu ».
Quant à la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, elle a appelé lundi la communauté internationale à «demander des comptes» au président zimbabwéen Robert Mugabe, après le retrait de l'opposant Morgan Tsvangirai de l'élection présidentielle.
Quelle issue pour l’instant au conflit ?
Le Conseil de sécurité de l’ONU s'est jusqu'à présent montré divisé au sujet de ce pays, selon un clivage désormais classique.
D'un côté, les Occidentaux, emmenés par la Grande-Bretagne, l'ex-puissance coloniale, et par les Etats-Unis, considèrent que la répression politique, s'ajoutant au marasme économique et à la crise humanitaire, créent une situation qui menace la paix et la sécurité internationale. Le conseil doit donc intervenir selon eux. D’ailleurs, le Premier ministre britannique Gordon Brown affirmé lundi que la communauté internationale devait envoyer au Zimbabwe un «message puissant et unanime» pour dire qu'elle ne reconnaîtrait jamais le régime «illégitime» du président Robert Mugabe.
De l'autre, un groupe de cinq à six pays mené par l'Afrique du sud et comprenant la Russie et la Chine, estiment qu'il s'agit d'une crise intérieure qui n'a pas à être débattue au Conseil et a de meilleures chances d'être réglée par une approche purement africaine et régionale.
Valérie Zoydo