JUSTICE – Le procès «Spartacus» contre la mafia napolitaine s’est achevé jeudi avec la condamnation des chefs de la famille du clan le plus puissant…
La plus puissante mafia italienne, la Camorra, perd plusieurs de ses cadres. Seize de ses membres, affiliés au clan Casalesi, ont été
condamnés jeudi à perpétuité par la cour d’assises d’appel de Naples pour homicides. Un coup dur alors que le chef présumé du clan, Francesco «Sandokan» Schiavone, 55 ans, est emprisonné depuis 1998 dans une prison de haute sécurité.
Un procès hors normes
Baptisé «Spartacus», ce procès est le grand intenté à la Camorra, avec 36 personnes poursuivies. Le dernier remonte à décembre 1987, à Palerme, dans lequel cinq cent mafieux appartenant à Cosa Nostra avaient été condamnés par les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Durant les audiences, la Cour se réunissait dans la prison bunker de Poggioreale, un quartier de Naples. Seuls deux accusés, enfermés dans des «cages» au fond de la salle pleine d’officiers de police, ont assisté à la lecture du verdict en appel. Les autres accusés avaient la possibilité de suivre la lecture du verdict depuis leur cellule par vidéo-conférence.
Des cadres sur la sellette
Les personnes condamnées sont les chefs de la famille Casalesi, le clan le plus puissant de la Camorra napolitaine. Les Casalesi, cartel criminel enraciné à Casal di Principe, dans la province de Caserte, ont progressivement étendu leur emprise sur tout un territoire au prix d'une guerre qui a fait 1.000 morts en 30 ans.
Témoins assassinés
Le procès a été ponctué d'épisodes dramatiques: cinq personnes, dont un
entrepreneur ayant accepté de collaborer avec la justice, ont été assassinées. Une «stratégie de la terreur» également traduite sous la forme de menaces, en pleine audience, d’un juge et de deux journalistes.
Un empire tentaculaire
L’ampleur du phénomène de la Camorra a été décrit avec précision dans le livre de Roberto Saviano, «Gomorra», paru en 2006. Son ouvrage a inspiré un film qui a remporté le
Grand prix lors du dernier Festival de Cannes. Saviano, qui vit avec une escorte policière depuis 2006, était d’ailleurs présent à la lecture du verdict «pour montrer (qu'il n'avait) pas peur». Selon son enquête, le pouvoir et les activités du clan dépassent les frontières italiennes pour s'étendre jusqu'en Europe de l'est et concernent aussi bien le trafic de drogue et d'armes, la prostitution, le racket, que le trafic de déchets toxiques, les travaux publics ou la grande distribution.
Membres toujours en liberté
Le premier procès en 2005 s'était conclu, après sept années de débats, par 95 condamnations à de lourdes peines de prison, dont 21 à perpétuité. Le verdict de jeudi concernait uniquement les faits d'homicides. Les autres personnes condamnées attendent encore leur jugement en appel. En liberté.
Sandrine Cochard