INTERVIEW – Aude Signoles, politologue et spécialiste du Proche-Orient, revient sur la trêve annoncée mardi entre le Hamas et Israël…
Auteur de «Le Hamas au pouvoir, et après?», Aude Signoles, politologue et spécialiste du Proche-Orient, revient sur la
trêve annoncée mardi entre le parti islamiste et Israël.
Pourquoi une nouvelle trêve entre le Hamas et Israël?
Il y a deux enjeux derrière: d’un côté, la libération du soldat
Gilad Shalit (enlevée en juin 2006, ndlr) en échange de la libération de prisonniers palestiniens en Israël, de l’autre, la réouverture des frontières de la bande de Gaza. Sur le premier point, les deux parties divergent sur le nombre et la «qualité» des prisonniers palestiniens. Le Hamas veut la libération de 500 à un millier de prisonniers politiques en faveur de la lutte armée contre Israël, une idéologie proche de la leur, tandis que Tel-Aviv préfère libérer des prisonniers de droit commun.
Quant à la réouverture des frontières, c’est un enjeu très important pour le Hamas car l’économie du territoire étouffe. Enfin, la trêve signifie aussi la suspension de la peur d’attaques israéliennes pour la population et la fin des assassinats ciblés. Ainsi, le Hamas protège ses cadres. Mais cette trêve n’est pas la première et toutes celles observées jusqu’alors ont été brisées.
Est-ce aussi une façon de jouer sa survie politique auprès du peuple palestinien?
Non, car les Gazouites n’ont pas retiré leur soutien au Hamas, contrairement à ce qu’avait prévu Israël. L’Etat hébreu pensait qu’en appauvrissant la population celle-ci se retournerait contre le Hamas et lui préférerait le président palestinien Mahmoud Abbas. Or, il n’en est rien. Au contraire: celui-ci ne jouit d’aucune légitimité à Gaza et même les Palestiniens de Cisjordanie, révoltés par ce qui se passe à Gaza, sont tentés de lui retirer leur soutien. Sur le long terme, cela constitue un avantage politique pour le Hamas.
Comment expliquez-vous la popularité du Hamas?
Il récolte le travail qu’il a mené depuis des années, auprès de la population et des associations, alors que le Fatah a préféré investir le domaine politique. Quinze ans plus tard, celles-ci sont beaucoup plus proches du premier et très peu du second.
George Bush ambitionne de conclure un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens avant la fin de son mandat. Cet objectif vous semble-t-il tenable?
Les présidents américains s’agitent traditionnellement sur le sujet vers la fin de leur mandat mais cela me paraît difficile. La conjoncture actuelle, avec la guerre en Irak et les conflits au Liban, n’est pas des meilleures. Autre problème: l’Europe manque dans les négociations. Auparavant, elle était perçue comme celle qui calmait les ardeurs américaines en faveur du camp israélien. Mais, en boycottant le Hamas après son arrivée au pouvoir, en janvier 2006, elle a perdu son image neutre, très appréciée par les pays arabes et les Palestiniens, qui faisait sa force.
Il est important que les 27 retrouvent leur légitimité, en proposant une politique diplomatique commune. Des divergences existent, notamment sur la question «doit-on rencontrer les dirigeants du Hamas et les installer à la table des négociations?» Mais ils s’accordent pour condamner la poursuite des colonies par Israël. Il serait donc possible de publier une déclaration commune sur ce point.
Propos recueillis par Sandrine Cochard