La revue de presse du «non» irlandais

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Publié le 14 juin 2008.

EUROPE - Les journaux soulignent le fossé entre les citoyens et l'etablishment...

Comme un goût de déjà lu. Au lendemain du «non» irlandais au Traité de Lisbonne, la presse européenne souligne que ce scrutin est révélateur du fossé qui s'est creusé en Europe entre les citoyens et une Union au fonctionnement incompréhensible et s'interroge sur les scénarios de sortie de crise. Des éditos qui rappellent fortement ceux ont suivi le «non» français de 2005. Revue de presse.

«Rupture entre l’establishment politique et le citoyen ordinaire»

L’«Irish Daily Mirror» évoque une «grave rupture entre l'establishment politique et le citoyen ordinaire», blâmant «l'arrogance du camp du oui» qui considérait un vote positif comme acquis.

Pour le «Times» de Londres, les Irlandais ont dit «non» à un projet qui était «jusqu'à présent nappé d'un jargon incompréhensible et auquel l'impulsion a été donnée par des fonctionnaires qui l'avaient inventé».

Sur le même registre, «Libération» souligne que l'Union «a besoin de démocratie, de pédagogie. Elle doit associer les peuples de l'Europe à sa construction». L'UE est «trop abstraite, trop loin des gens», martèle également «Ouest-France».

En Allemagne, «Die Welt» (conservateur) fustige «les élites politiques européennes» qui considèrent que le peuple irlandais a rejeté le traité parce qu'il ne l'a pas compris. Mais «pourquoi (les Irlandais) auraient-ils dû approuver un Traité dont nul ne leur a expliqué l'utilité?».

Les deux grands quotidiens belges considèrent eux qu'il aurait mieux valu ne pas poser directement la question aux électeurs irlandais. «Il y a un vrai problème avec ces référendums occasionnels, qui permettent les plus extravagants parasitages du débat public», écrit «Le Soir», tandis que «La Libre Belgique» évoque l'«exercice inepte» consistant à soumettre à référendum des textes dont le «citoyen lambda» ne peut saisir tous les enjeux.

Un «cauchemar européen»

Quelles qu'en soient les raisons, le «non» irlandais a déclenché un séisme politique d'ampleur inédite, observent nombre d'éditorialistes. «Un coup dur pour l'Europe», affirme aux Pays-Bas «De Volkskrant». Un «cauchemar européen», titre le journal bavarois «Süddeutsche Zeitung» (centre-gauche), qui redoute une «paralysie interne» de l'UE. «Sans doute le pire revers pour le projet européen en 50 ans», craint le quotidien espagnol «ABC» (conservateur).

«Ce n’est pas la fin du monde»

Tous les journaux ne crient cependant pas à la catastrophe. Au-delà des commentaires triomphants des quotidiens eurosceptiques - à Vienne, le tabloïd «Kronen Zeitung» évoque un «miracle», tandis que le «Sun» britannique félicite les Irlandais pour leur «courage» - d'autres éditorialistes soulignent que cette panne institutionnelle peut permettre à l'Europe de prendre un nouveau départ.

«Ce n'est pas la fin du monde», souligne en Allemagne la «Frankfurter Allgemaine Zeitung». «Le “non” de Dublin secoue l'Europe, mais est-ce une catastrophe?» s'interroge en Italie la «Stampa».

«L’Europe à géométrie variable»

Ce revers «ne signifie pas un bouleversement du calendrier», analyse à Stockholm le «Svenska Dagbladet», mais pourrait «pourrait alimenter le vieux rêve gaulliste d'une UE dirigée par un petit groupe, dit des grands pays, avec la France en pointe». «Dans le pire des cas, l'intégration (européenne) va se faire sur une autre base, celle de petits groupes de pays», avance aussi la «Pravda» en Slovaquie.

Pour Alain Duhamel, dans «Nice-Matin», «c'est une Europe à géométrie variable qui va se développer, avançant sujet par sujet avec ceux des pays qui le souhaitent».
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