EUROPE – Le Traité, qui devait rentrer en application le 1er janvier 2009, a du plomb dans l’aile…
La verte Irlande a sorti le carton rouge et l’Europe replonge dans la crise. Le «Non» français et néerlandais en 2005 avait paralysé les institutions pendant deux ans avant que le tandem Sarkozy-Merkel ne parvienne à imposer le
Traité de Lisbonne. Ce traité est désormais en sursis après la victoire du «Non» irlandais.
Le texte devait rentrer en application le 1er janvier 2009 après sa ratification par les 27 pays de l’Union européenne. Mais Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois, l’a reconnu vendredi, il y aura du retard à l’allumage: «le traité de Lisbonne n’entrera pas en vigueur au 1er janvier 2009».
«Pas de plan B»
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avait prévenu les Irlandais: «il n’y aura pas de plan B». Pourtant, il faudra bien trouver des solutions, sachant que l’hypothèse d’une sortie de l’Irlande de l’UE semble exclue et que l'ensemble des dirigeants européens veulent en finir avec l'inefficace
Traité de Nice.
Pour éviter de relancer de nouvelles négociations à 27 sur les institutions européennes (qui durent depuis huit ans), Bruxelles pourrait accorder des dérogations à l’Irlande sur les sujets sensibles, comme l’avortement ou la défense. Mais reste à comprendre exactement les raisons du «Non» irlandais.
Un nouveau vote de l’Irlande, après avoir demandé aux dirigeants locaux d’effectuer un gros travail pédagogique, n’est pas à exclure. Objectif: réussir le coup de 2002 quand le deuxième référendum sur le Traité de Nice avait été approuvé à 62,9% par les Irlandais, un an après un premier échec.
«Le traité de Lisbonne n’est pas mort»
Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen, essayiste et professeur à Sciences-Po, fait le pari d’un nouveau référendum à quitte ou double: «Pour passer, le gouvernement irlandais pourrait mettre ses concitoyens face à leur responsabilité: «Si vous votez non, nous sortons de l’Europe»».
«La solution doit être trouvée par le pays qui crée le problème. La balle est dans le camp des Irlandais», avertit pour sa part Alain Lamassoure, député européen UMP interrogé par 20minutes.fr. «Le traité de Lisbonne n’est pas mort», a indiqué le gouvernement irlandais, qui semble donc croire à une ratification future.
En Europe, seule l’Irlande devait valider le Traité de Lisbonne par consultation populaire. Alors que 17 pays ont déjà ratifié le texte, toute la question est de savoir si le choc du «Non» de Dublin va se propager à toute l’Europe et perturber le processus.
La République tchèque donne des sueurs froides à Bruxelles
En 2005, plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, la Pologne et la République tchèque avaient arrêté le mouvement à la suite des fiascos français et néerlandais. Cette année, le suspense est entier. Gordon Brown a fait savoir à ses partenaires européens qu’il maintiendrait le cap et ne passerait pas par la périlleuse voix référendaire, malgré les demandes répétées de l’opposition conservatrice. «Les Britanniques n’aiment pas prendre leur leçon à Dublin», estime Jean-Louis Bourlanges, qui ne croit pas trop à l’hypothèse d’un référendum.
Les craintes de Bruxelles sont surtout dirigées vers la République tchèque. Le président Vaclav Klaus est notoirement anti-européen, son camp politique est hésitant et la ratification parlementaire pourrait échouer. «Le projet de traité de Lisbonne a pris fin aujourd’hui avec la décision des électeurs irlandais et il n’est plus possible de poursuivre sa ratification», a d’ailleurs affirmé le chef de l’Etat tchèque dans un communiqué.
«La Commission européenne pense que les ratifications qui restent à faire devraient continuer à suivre leur cours», a déclaré vendredi José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Les tractations devraient commencer dès la semaine prochaine lors du Conseil européen des 19 et 20 juin.
Avant que la France, présidente de l’Europe, à partir du 1er juillet ne se saisisse du dossier.
Vincent Glad