DECRYPTAGE – Pour la première fois depuis Tchernobyl, l’UE a lancé une alerte sur les risques nucléaires...
Pour la première fois, la Commission européenne a déclenché mercredi le système d’alerte sur les risques radioactifs à la suite d’
une fuite dans une centrale en Slovénie. Finalement, beaucoup de bruit pour un incident mineur: il n’y a eu aucun rejet dans l’environnement. Mais pourquoi avoir mis en alerte la population européenne? Eléments de réponse.
Que s’est-il passé dans la centrale slovène?
Une fuite de liquide dans le circuit de refroidissement de la centrale de Krsko a été
enregistrée mercredi à 15h07. La centrale a été arrêtée pendant quelques heures, la fuite est restée confinée dans le bâtiment du réacteur.
La Commission européenne devait-elle rendre l’alerte publique?
«Il sera nécessaire de réfléchir à l’utilité de cette alerte», estime pour 20minutes.fr Julien Collet, directeur des situations d’urgence à l’Agence de sûreté nucléaire (ASN). «Normalement, elle doit être mise en place quand il y a des mesures de protection à prendre pour les populations européennes. Ce n’était pas le cas, puisqu’il y a n’a pas eu de fuite extérieure.» L'association écologiste Greenpeace se montre
beaucoup moins rassurante, estimant qu'un incident de cette nature peut provoquer «un rejet important de radioactivité» comme en mars 1979 dans la centrale américaine de Three Miles Island.
Comment l’Union européenne justifie-t-elle l’alerte?
«C'est la première fois qu'on communique sur un incident de cette nature», répond Ferran Tarradellas, porte-parole de l'exécutif européen pour les questions d'énergie. «Les citoyens ont le droit de savoir quand il y a un incident nucléaire, comme quand il y a un incident dans n'importe quel complexe industriel», s'est-il défendu. Le système d’alerte européen créé après l’accident de Tchernobyl en 1987 est utilisé fréquemment pour alerter les autorités locales, mais c’est la première fois qu’une alerte est rendue publique.
Les autorités slovènes ont-elles failli à leur mission?
L’Autriche accuse sa voisine slovène d’avoir provoqué «un cafouillage d’informations» en ayant annoncé au départ qu’il s’agissait d’un «test» et non d’un incident, avant de revenir sur ses premières déclarations. Face aux critiques, la Slovénie a expliqué qu’il y avait eu une erreur humaine: «L’agence de sûreté nucléaire a utilisé le mauvais formulaire, un formulaire pour les tests. Mais l'erreur a été détectée en quelques minutes, et le bon formulaire a ensuite été envoyé immédiatement.»
De tels incidents ont-ils déjà eu lieu en France?
Des fuites similaires se sont produites en France en 1986 et 1991 dans les centrales de Cruas et Tricastin,
selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Ces incidents avaient donné lieu à des travaux de sécurité, mais sans alerte pour les populations.
Les centrales nucléaires des nouveaux entrants dans l’Union européenne sont-elles à risques?
«L’entrée dans l’UE des pays postcommunistes était conditionnée à des efforts importants sur la sécurité de leurs centrales nucléaires, quand il s’agissait de modèles soviétiques. Ce n’était pas le cas de la centrale slovène, construite dans les années 80 sur le modèle occidental», explique Julien Collet. Cependant, la Lituanie, la Bulgarie et la Slovaquie continuent régulièrement d'exiger publiquement de l'Union européenne qu'elle revienne sur les fermetures des réacteurs de type soviétique. Il ne reste aujourd’hui qu’un seul réacteur de type Tchernobyl en Europe, sur le site d’
Ignalina, en Lituanie.
Vincent Glad