La FAO est-elle l'institution de trop?

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Publié le 4 juin 2008.

DECRYPTAGE – L'organisation, qui accueille le sommet de Rome contre la faim, est très critiquée...

Le sommet de la FAO s'est ouvert mardi à Rome avec une double controverse sur les biocarburants et les subventions agricoles. Au-delà de la médiatisation de cet événement planétaire quel est le rôle exact de la FAO? Pourquoi est-elle aussi critiquée? Quelques éléments de réponse.

Le rôle de la FAO
L’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a un rôle central dans le combat mondial contre la faim. L’institution basée à Rome aide les pays en développement à moderniser leurs pratiques agricoles pour garantir une bonne nutrition pour tous. Avec en ligne de mire un des «objectifs du Millénaire» des Nations unies: réduire de moitié d’ici à 2015, la proportion de la population qui souffre de la faim. La FAO estime qu’environ 850 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde.

Sans avoir toujours les moyens d’agir concrètement, «la FAO est une caisse de résonance, un lieu de discussion de débats. Cela fait longtemps qu’elle a tiré la sonnette d’alarme et rédigeait des rapports assez pessimistes sur la malnutrition», estime Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et stratégiques (Iris).

Les critiques contre la FAO
Depuis quelques années, la FAO est sous le feu des critiques, jugée incapable de répondre au défi de la faim. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a même réclamé sa suppression le 4 mai dernier dans : «L’institution FAO doit être mise en cause. La situation actuelle est largement son échec.»
  1. Une institution trop bureaucratique
  2. C’est la critique traditionnelle adressée aux grandes organisations internationales. «Très bureaucratique, la FAO n’est pas directement en prise avec les financements des projets», relève Philippe Hugon. En 2007, un rapport interne dénonçait les lourdeurs de l’institution romaine: la FAO est «au bord du gouffre», son personnel est démotivé par des «systèmes administratifs dépassés et rigides» et une «bureaucratie tatillonne».

  3. Un financement en baisse
  4. Depuis 1994, en dollars constants, le budget de la FAO accuse une baisse de 31%. Une raison de plus pour se démoraliser.

  5. Un manque de poids politique
  6. Alors qu’elle conseille les pays en développement dans leurs politiques agricoles, la FAO n’a que peu de prise sur les débats d'importance qui se jouent au sein de l’OMC. C’est pourtant au sein de ce sénacle que se décident les grands équilibres agricoles mondiaux.

  7. Une institution parmi d’autres
  8. La FAO doit faire entendre sa voix au milieu d’un enchevêtrement d’institutions internationales qui ont compétence en matière d’agriculture: ses consoeurs romaines, le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds international de développement agricole (Fida) mais aussi la conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (Cnuced). Difficile dans ces conditions d’être audible, à moins de convoquer une grande réunion internationale comme celle qui a lieu actuellement à Rome. Au risque d'en rester aux grands discours.
V.G. (avec V.Z.)
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