La France renoue le contact avec le Hamas: «une première du côté occidental»

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Publié le 19 mai 2008.

DECRYPTAGE – L’initiative de la France pourrait inciter d’autres pays à discuter avec le mouvement islamiste…

La France infléchit sa position vis-à-vis du Hamas: Bernard Kouchner a reconnu lundi matin que Paris avait repris ses «contacts» avec le mouvement islamiste, information confirmée par la suite par le Hamas. Les discussions avaient officiellement été interrompues en juin 2007 et l’offensive du Hamas sur Gaza.

L’information d’une rencontre entre un diplomate français en retraite et des représentants du Hamas révélée lundi matin par «Le Figaro» a obligé Bernard Kouchner à s’expliquer. La formulation choisie par le ministre des Affaires étrangères (des «relations» mais pas de «contacts») permet à la France de ne pas s’écarter des positions du Quartette, ce club des 4 (ONU, Etats-Unis, Europe, Russie) qui pose trois conditions avant toute reprise des négociations avec le Hamas: l’arrêt de la violence, la reconnaissance d’Israël, et l’acceptation de la Feuille de Route.

L’opinion israélienne favorable à des pourparlers avec le Hamas


Ces trois conditions ne sont pour l’instant pas réunies, même si le Hamas se dirige vers une reconnaissance implicite d’Israël, comme l’assure dans «Le Figaro» Yves Aubien de la Messuzière, le diplomate français qui a rencontré des représentants du Hamas: «Ils m’ont répondu qu’ils étaient prêts à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ce qui équivaut à une reconnaissance implicite d’Israël».

L’initiative française est «une première du côté occidental qui peut amener d’autres pays à rouvrir officiellement des contacts, estime Dominique Vidal, journaliste spécialiste du Proche-Orient et auteur de «Le Hamas» (éd. Demopolis). In fine, cela peut encourager Israël à parler d’une manière ou d’une autre avec des représentants du Hamas. D’autant que de récents sondages montrent que près de 70% des Israéliens sont favorables à des négociations avec le mouvement islamique».

Un Jimmy Carter français?

Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques, estime pour sa part que la France ne peut faire autrement si elle veut jouer un rôle décisif au Proche-Orient: «Qu’on apprécie ou pas le Hamas, c’est une force politique importante de la région. On ne peut pas espérer signer des pourparlers de paix sans le Hamas.»

Un conseiller de Bernard Kouchner, joint par 20minutes.fr, minimise cette reprise des contacts avec le mouvement palestinien. Il ne s’agit que d’une «initiative personnelle» de Yves Aubien de la Messuzière, comparable à celle de Jimmy Carter en avril dernier. L’ancien président américain, qui avait rencontré le leader du Hamas en exil Khaled Mechaal, n’était pas soutenu par George W. Bush.

Nicolas Sarkozy en Israël en juin

Même si les contacts semblent bel et bien reprendre — au moins sur le mode informel — Paris cherche avant tout à les minimiser afin de ménager l’Etat hébreu. Ne serait-ce que pour une question d’agenda: Nicolas Sarkozy se rendra en Israël en juin et le président ne veut pas froisser ses hôtes. Pour l’instant, l’opération est réussie, Tel-Aviv fait mine de ne pas s’inquiéter: «Nous avons reçu les assurances qu’il n’y avait aucun changement dans la politique de la France à l’égard du Hamas. La France est toujours associée aux conditions du Quartette», a déclaré le ministère des Affaires étrangères israélien.
Vincent Glad
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