Séisme du Sichuan: Qingping, où la montagne s’est disloquée, sort (enfin) de son isolement

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Publié le 15 mai 2008.

SEISME DU SICHUAN - 72 heures après, les premiers contacts avec les habitants des villes lointaines permettront peut-être de s'approcher du bilan définitif...

«Nous sommes partis ce matin à 6h, et regardez dans quel état on est !» Chaussures maculées de boue, pantalon mouillé jusqu’aux genoux, la femme couverte d’égratignures pose le panier en osier qu’elle portait sur le dos à côté de celui de son mari. Ils viennent tous deux de marcher sept heures dans la nature, là où avant une route bitumée reliait les 15 kilomètres entre Han Wang et Qingping, un peu plus haut dans la montagne, avant qu’elle ne soit totalement disloquée par le séisme.

Ce jeudi, après 72 heures d’isolement, les habitants des villes touchées les plus reculées ont enfin repris contact. Et dans l’autre sens, les secours — des soldats essentiellement — ont pu commencer à rejoindre les blessés restés bloqués là-haut.

Jusqu’à présent, les fortes pluies qui se sont abattues sur la région suite au sinistre provoquaient des éboulements et des glissements de terrain, rendant toute opération difficile.

«Des hélicoptères nous ont survolés et parachuté des vivres, explique une autre habitante de Qingping, arrivée un peu plus tôt avec son mari et leur fillette de 10 ans. Mais ils n’ont jamais pu se poser et évacuer des gens.» Puis la météo plus clémente a poussé quelques-uns à se hasarder.

Ce n’est que lorsque les décomptes seront faits dans ces villes lointaines que le bilan, déjà lourd de 50.000 morts, se rapprochera vraiment de la vérité. Encore maintenant, peu de moyens de communication fonctionnent dans ces zones reculées, et il est difficile de savoir exactement quelle est la situation sur place.

«La violence était telle que lundi, que je me suis retrouvé éjecté en haut d’un poteau électrique alors que j’étais tranquillement assis chez moi, raconte un vieil homme de Qingping, en dialecte du Sichuan. Je pense que la moitié des gens ont disparu.»

Une autre habitante minore ses propos, et précise que peu d’enfants ont été touchés. Des épouses d’ouvriers, qui travaillaient sur les hauteurs lors du tremblement de terre, attendent là où la route s’est écroulée, et scrutent le pied de la montagne en espérant y voir leurs époux. Elles n’ont aucun moyen de savoir s’ils sont encore vivants et en train d’essayer de les rejoindre. «Il ne faut pas perdre espoir», insiste l’une d’elles.

On voit d’ailleurs les premiers soldats revenir en portant des personnes âgées ou blessées qui ne peuvent marcher. Un homme, qui a pris la route ce matin, revient jovial: il a retrouvé son petit frère, blessé, mais heureux d’être vivant. La blessure, c’est un sésame vers le minibus, qui les redescendra à Hanwang où se trouve déjà le reste de la famille, sans qu’aucun officiel ne sache que le jeune homme a été retrouvé. Il n’y a apparemment aucune organisation capable de recenser les survivants.
A Han Wang, Caroline Dijkhuis
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