Crise au Liban: «C'est un putsch militaire soutenu par l'Iran»

DE NOTRE CORRESPONDANT Plusieurs ténors de la majorité ont été placés sous protection militaire...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Des heurts ont opposé mercredi à Beyrouth les partisans de la majorité et ceux de l'opposition libanaise qui ont bloqué plusieurs routes, dont celle de l'aéroport, dans le cadre d'une journée de grève générale sur des revendications salariales.

Des heurts ont opposé mercredi à Beyrouth les partisans de la majorité et ceux de l'opposition libanaise qui ont bloqué plusieurs routes, dont celle de l'aéroport, dans le cadre d'une journée de grève générale sur des revendications salariales. — Anwar Amro AFP

Depuis tôt ce vendredi matin, les combats de rue font rage dans les zones musulmanes de Beyrouth-Ouest. Les partisans du Hezbollah ont pris de nouvelles positions dans la capitale libanaise, et plus particulièrement autour des résidences des principales figures de la majorité parlementaire, soutenue par l’Occident et l’Arabie saoudite.

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Les bâtiments des médias affiliés à ce camp, comme le quotidien «Al-Mustaqbal» ou la télévision Future TV, ont été pris d’assaut. «Ce que l’on essaie de présenter comme un conflit entre deux courants politiques est en fait un putsch militaire mené par une organisation terroriste soutenue par l’Iran», affirme Farès Souhaid, secrétaire général du 14-Mars (le nom donné à la coalition au pouvoir à Beyrouth). Ce vendredi matin, Souhaid a appelé tous les députés à se rendre à Meerab, la résidence de Samir Geagea, le chef des Forces libanaises, afin de faire le point sur la situation.

Eviter l’escalade

A l’heure actuelle, par son silence, le 14-Mars fait ce qu’il peut pour éviter l’escalade, alors que sa principale composante –les sunnites dominés par la famille Hariri– sont la cible prioritaires des émeutiers. «Les députés de la majorité arrivent au fur et à mesure à Meerab, et dès qu’ils seront présents, nous verrons quoi faire, poursuit Farès Souhaid. L’élection d’un président à la majorité simple est une possibilité, c’est très probable.» Selon lui, l’armée libanaise joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur. «Je ne crois pas que le Hezbollah entrera dans les régions chrétiennes», précise-t-il alors que Beyrouth est totalement coupée en deux, comme durant la guerre civile de 1975-1990.

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Tôt dans la matinée, plusieurs ténors de la majorité ont été placés sous la protection de l’armée, comme le druze Walid Joumblatt, dont le domicile se trouve à Beyrouth-Ouest. Son bras droit, Marwan Hamadé, n’y va pas par quatre chemins: « Il s’agit d’un coup d’Etat milicien, l’Iran réédite le coup de Gaza et cette tentative est pratiquement réussie, si ce n’est qu’ils n’ont pas de gouvernement légal. L’Iran a établi une nouvelle tête de pont sur la Méditerranée. Personnellement, je reste à Beyrouth, je suis habitué aux invasions. J’ai vécu celle, israélienne, de 1982, et aujourd’hui celle, iranienne, de 2008. » Député et ministre de l’actuel gouvernement, Hamadé ne sait pas s’il pourra se rendre à Meerab: «Toutes les options sont ouvertes, y compris l’élection d’un président à la majorité simple. Toute la question sera de savoir quel président élire. Car, vis-à-vis du laxisme de l’armée, nous comptons bien demander des explications au général Michel Sleiman. Pour l’instant, les druzes ne réagissent pas car ils sont encerclés dans le Chouf et ils sont extrêmement peu nombreux à Beyrouth. Mais il est évident qu’ils ne laisseront pas faire si quelqu’un s’attaque à la montagne du Chouf.»