«La junte birmane est politiquement fragilisée», ce qui complique l'aide aux sinistrés

4 contributions
Publié le 6 mai 2008.

INTERVIEW – François Raillon, chercheur au CNRS, détaille les implications politiques du cyclone qui a dévasté la Birmanie...

François Raillon est chercheur au CNRS, spécialiste de l’Asie du Sud-est. Interrogé par 20minutes.fr, il détaille les implications politiques du cyclone qui a dévasté la Birmanie.

Face à l’ampleur des événements, la junte birmane autorise l’aide internationale à rentrer sur son territoire. Est-ce une première?
Pas tout à fait. Les ONG sont présentes sur le territoire birman depuis plusieurs années mais elles ont beaucoup de difficultés à opérer car le gouvernement, méfiant, est extrêmement tatillon. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est qu’il semble que la junte ait accordé des visas d’urgence à des membres d’ONG. Face à l’ampleur de la catastrophe, les autorités birmanes se sont résolues à répondre «oui» du bout du lèvres aux propositions d’aide de la communauté internationale. C’est une première car ce n’est pas du tout dans leur culture.

La situation politique empêche-t-elle les autorités birmanes d’être efficaces pour venir en aide à la population?
Depuis les événements de septembre 2007 (des manifestations de moines bouddhistes avaient été sévèrement réprimées par l’armée), il y a une forte tension entre le gouvernement et la population qui reproche à la junte d’avoir tiré sur les bonzes. Cette fragilisation du pouvoir rend difficile pour le gouvernement d’organiser les secours.

Pourquoi la junte s’obstine-t-elle à organiser le référendum sur la Constitution samedi, alors que Ban Ki-Moon, secrétaire général de l'ONU, demande son report?
Ce référendum est très important pour la Birmanie. Il constitue une première étape de ce que l’on appelle la «feuille de route», un processus de démocratisation à pas d’escargot du régime autoritaire. Cette Constitution marque quelques timides avancées comme l’organisation d’élections législatives dans deux ans. Le régime politique répond ainsi aux sanctions infligées par les Etats-Unis et l’Union européenne qui demandent plus de démocratie. Cela étant, il sera difficile d’organiser ce référendum et il n’est pas impossible qu’ils finissent par le repousser (la junte a déjà ajourné le scrutin dans 47 localités touchées par le cyclone, ndlr). Mon sentiment est que pour le moment, les autorités nagent.

Est-ce que cette catastrophe naturelle pourrait amener d’une manière ou d’une autre plus de démocratie en Birmanie?
Difficile de se prononcer à l’heure qu’il est. Mais ce n’est pas impossible, on a déjà vu cela ailleurs. Par exemple, dans la province nord d’Aceh, en 2005, à l’issue du désastre du tsunami, le gouvernement indonésien et des séparatistes ont signé un accord de paix qui a mis fin à 30 ans de guerre.
Propos recueillis par Vincent Glad
Mots-clés
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
Informatique
359 €
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr