« Pour Pékin, le Tibet, c'est comme l'Alsace et la Lorraine, explique Jean-Philippe Béja, spécialiste de la Chine au Centre d'études et de recherches internationales. Aucun dirigeant n'aura jamais suffisamment de légitimité pour abandonner cette province. » Pas la peine donc de chatouiller la Chine sur cette question. Hier encore, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qui appelait Pékin au dialogue avec le dalaï-lama, s'est vu fermement rappeler la position chinoise. « Nous avons exprimé à plusieurs reprises que la question tibétaine est une affaire intérieure de la Chine, aucun pays ou organisation étrangers ne peut s'ingérer », a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu. Avant d'ajouter : « J'espère que la communauté internationale comprend cela. »
Ferment de l'unité nationale, selon Jean-Philippe Béja, le Tibet constitue aussi l'assise du pouvoir chinois sur la région, notamment « l'Inde et le Sud-Est asiatique », comme le souligne Olivier Guillard de l'Iris. Mais il y a aussi, selon le chercheur, d'autres raisons plus prosaïques qui expliquent l'attachement de Pékin au Tibet : « Le territoire est riche en uranium et a de grandes ressources hydrauliques. » Malgré tout, depuis 1950 et la reprise en main de Lhassa par la République populaire de Chine, Pékin est aux prises avec les velléités d'indépendance des Tibétains. Super fliqués, ces derniers n'en auront pas moins réussi à fissurer l'image de « société harmonieuse » que Pékin aurait tant voulu donner d'elle avant les Jeux olympiques. En cela, le Tibet incarne bien les tourments chinois.