«C'est de la gesticulation diplomatique», commente Dominique Thomas, auteur de «Crises politiques en Palestine 1997-2007» (éd. Michalon), concernant la rencontre du chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avec George W. Bush, demain à Washington. En effet, depuis la conférence d'Annapolis de novembre 2007, organisée par une Maison Blanche jusque-là dramatiquement absente, rien n'a bougé ou si peu. L'objectif hallucinant d'un accord-cadre entre Israéliens et Palestiniens avant la fin 2008 est donc encore loin.
Seul changement notable, la tentative d'ouverture, lancée en fin de semaine dernière et de sa propre initiative, par l'ancien président américain Jimmy Carter auprès de Khaled Mechaal, chef du Hamas en exil à Damas. Le mouvement islamiste, totalement isolé par le boycottage imposé à la bande de Gaza depuis son coup de force sur le Fatah de Mahmoud Abbas en juin 2007, s'est dit prêt à accepter «un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem pour capitale, un Etat souverain sans les colonies avec le droit au retour des réfugiés palestiniens». Mais, comme l'a rappelé Mechaal, «sans reconnaître Israël». En refusant de reconnaître l'Etat hébreu, le Hamas s'éloigne de la levée du boycottage puisqu'il déroge aux conditions du Quartette (Etats-Unis, Union européenne, ONU, Russie) pour le règlement du conflit au Proche-Orient sur la base de l'existence des deux Etats. Mais, en évoquant la coexistence de ces deux Etats dans les frontières de 1967 et en assurant le respect de «la volonté nationale palestinienne, même si celle-ci va à l'encontre de nos convictions», il s'engage, implicitement, à ne pas saboter d'éventuelles négociations de paix. Il rappelle aussi qu'il faut, de toute façon, compter avec lui. Même si la Maison Blanche s'obstine dans son refus de dialoguer avec «l'organisation terroriste».