INTERVIEW — Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, analyse la réactivité tardive des organisations internationales et gouvernements…
Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation et auteur de «L’Empire de la honte» (Poche), analyse la réactivité tardive des organisations internationales et gouvernements au sujet de
la crise alimentaire liée à la flambée des matières premières…
L’ONU, la Banque mondiale et le FMI ont multiplié les cris d’alarme ces derniers jours. Pourquoi seulement maintenant?
Parce que de nombreux pays sont en proie à des émeutes. Aussi longtemps que ce massacre de la faim ne produisait pas de désordres et ne mettait pas en péril la stabilité des gouvernements, le monde occidental, avec son «ethnocentrisme», a fermé les yeux. Pourtant, le rapport sur l’insécurité alimentaire de la FAO est chaque année plus alarmant. En 2008, il indiquait que la faim provoque la mort d’un enfant de moins de dix ans toutes les cinq secondes et que 854 millions de personnes sont gravement et en permanence sous-alimentées dans le monde.
Quelle est la marge de manœuvre pour agir désormais?
Il faudrait réduire fortement la dette des pays pauvres, investir dans le développement agricole de subsistance et arrêter la production de biocarburants. Le Fonds monétaire international (FMI) a une lourde responsabilité dans cette situation, dans la mesure où c’est lui qui administre le remboursement de la dette. Il a ainsi encouragé les pays concernés à développer les monocultures agricoles destinées à l’exportation afin de créer des richesses et de s’acquitter ainsi des intérêts de la dette.
Les mesures que vous préconisez sont longues à mettre en place, combien de temps encore peut durer la crise?
Si les prix restent à ce niveau-là, au moins cinq-six ans. Et si on ne fait rien, il faut s’attendre à des émeutes très violentes dans plus d’une trentaine de pays. L’opinion publique européenne a un rôle important à jouer. Il faut convaincre les ministres des Finances de faire pression sur le FMI et la banque mondiale.
Propos recueillis par Catherine Fournier