Tout comprendre des législatives italiennes

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Publié le 11 avril 2008.

DECRYPTAGE - Des élections comme dernier acte de l'instabilité gouvernementale chronique de notre voisin?

50 millions d'Italiens sont appelés aux urnes dimanche et lundi pour désigner leurs députés et leurs sénateurs. Mais pourquoi les élections législatives ont-elles été anticipées? Quelles sont les forces en présence? Pourquoi cette élection n'est-elle pas tout à fait comme les autres? Décryptage.
 
Pourquoi des élections anticipées?

La coalition de centre-gauche de Romano Prodi est «tombée» en janvier dernier après que le ministre de la Justice, Clemente Mastella, a démissionné. Il avait été mis en cause dans une affaire de corruption à Naples. Son départ a entraîné celui de son parti de centre catholique, l'Udeur. Or, au Sénat, le gouvernement n'était majoritaire que d'un siège et l'Udeur comptait trois sénateurs. La gauche s'est donc retrouvée en minorité. Le président du Sénat, Franco Marini, a tenté pendant quatre jours de convaincre les chefs des partis de former un gouvernement temporaire afin de réformer la loi électorale qui ne garantit pas la stabilité. En vain. La seule option a été de dissoudre le Parlement le 6 février.
 
Quels sont les principaux candidats?
Deux grandes forces s'affrontent. D'un côté, le Parti démocrate (PD), coalition créée en octobre 2007 entre les centristes de la Marguerite et les Démocrates de gauche, de sensibilité sociale-démocrate. Mené par le maire de Rome, Walter Veltroni, 53 ans, il n'a accepté qu'un seul allié: le mouvement Italie des valeurs d'Antonio Di Pietro, l'ancien juge de l'opération «Mains propres».
 
A droite, Silvio Berlusconi, 72 ans, dirige le Peuple de la Liberté, une formation créée en novembre 2007 et qui regroupe notamment Forza Italia (droite) avec les anciens fascistes de l'Alliance Nationale. Il a passé un accord, limité à certaines régions, avec les populistes de l'Alliance du Nord.
 
La nouveauté est qu'aucun de ces deux grands partis n'a formé de coalitions avec les petits partis, comme cela se fait d'habitude pour espérer l'emporter. Ce sont en effet ces coalitions hétéroclites qui rendent la stabilité gouvernementale cauchemardesque. La Gauche arc-en-ciel (Refondation communiste, communistes, Verts et Gauche démocratique), la Destra de Francesco Storace (extrême droite) ainsi que les centristes de l'UDC partent donc au front tout seuls. Un handicap alors qu'un seuil de 4% est requis pour être représenté à la Chambre des députés et de 8% au Sénat pour un parti qui se présente hors coalition.
 
Qui est donné gagnant?
Silvio Berlusconi est en tête dans les sondages dont la publication est toutefois interdite depuis le 28 mars. Près d'un tiers des électeurs se disent toutefois indécis. Une victoire d'un parti à la Chambre des députés et de l'autre au Sénat n'est pas à exclure. Un scénario d'autant plus compliqué que les deux chambres ont le même poids politique en Italie. Mais pas le même mode de scrutin: une prime de 340 sièges est accordée au parti qui arrive en tête à la chambre basse. Mais cette prime majoritaire est régionale dans le cas du Sénat. Et rend incertaine l'obtention d'une majorité claire dans un pays marqué par de fortes disparités régionales.
 
Et si Silvio Berlusconi et Walter Veltroni formaient une grande coalition?
Cette hypothèse n'est pas à exclure, les deux partis n'ayant pas à cœur de gouverner une énième fois avec une coalition fragile de petits partis. Si les deux leaders rejettent officiellement cette possibilité — Veltroni promet «une révolution copernicienne» en gouvernant seul — ils le font très mollement. Un rapprochement serait d'autant plus envisageable que les deux formations, de l'avis de la plupart des observateurs, proposent des programmes assez similaires dans une campagne marquée par le manque de passion. Baisse des impôts, augmentation des retraites: les deux candidats cherchent à séduire un électorat centriste dans un contexte économique déprimé. Un manque de personnalisation telle que la presse italienne parle désormais de «Veltrusconi», comme si les deux camps n'en formaient qu'un. Ce qui pourrait aider à un rapprochement post-électoral.
 
Vers une nouvelle loi électorale?
Qualifié de «cochonnerie» par son propre auteur, Roberto Calderoli de la Ligue du Nord, elle fait l'objet de vives critiques aussi bien de la part du PD que du Peuple de la Liberté. «Le choix de Walter Veltroni de ne pas faire d'alliances anticipe la réforme à venir et interpelle l'électorat en ce sens», explique à 20minutes.fr Beatrice Biagini, candidat du PD à la chambre des députés pour y représenter les Italiens de France. Carlo Erio, son rival berlusconien, surenchérit: «il faut insérer davantage de majoritaire dans le système électoral et faire de la chambre des députés la seule assemblée légiférante pour assurer la stabilité». Il serait temps: le prochain gouvernement sera le 63e en 60 ans.
Alexandre Sulzer
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