Crainte de nouvelles «émeutes du pain» en Egypte

INFLATION – Les autorités avaient pris très au sérieux l'appel à la mobilisation contre la hausse des prix...

Au Caire, L. Roche

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Les forces de sécurité ont tué la protestation dans l'oeuf. Mais dans une Egypte en proie à une grave crise sociale, l'impressionnant déploiement policier de dimanche montre que les autorités avaient pris très au sérieux l'appel à la mobilisation contre la hausse des prix qui circulait depuis quelques jours sur Internet et via SMS. Plus de 200 personnes ont été arrêtées avant-hier dans tout le pays. Dans le sillage de l'appel lancé par les ouvriers de Mahalla el-Kubra, dans le delta du Nil, des groupes d'opposition minoritaires, tels Kefaya (Ça suffit!), avaient appelé à une extension du mouvement à tout le pays, en protestation contre «la vie chère».

Les prix des denrées de base comme la farine s'envolent. Face à cette inflation, les plus démunis - 44% des Egyptiens vivent avec moins de deux dollars par jour - achètent du pain subventionné, moins cher. Du coup, les files d'attente s'allongent devant les fours. Cette crise fait la une de la presse, qui rapporte que plusieurs personnes auraient trouvé la mort dans les queues, réveillant le spectre des «émeutes du pain» de 1977, qui, violemment réprimées, s'étaient soldées par quelque soixante-dix morts. Le ministère de l'Intérieur avait prévenu qu'il prendrait «des mesures fermes et immédiates ». Promesse tenue: le centre-ville du Caire était en état de siège. Les initiateurs du mouvement appelaient à une opération «villes mortes». Mais la plupart des commerces étaient ouverts. «Les gens ont peur de manifester, ils participent en restant chez eux», veut croire Shahinaz, membre de Kefaya. Pour Walid, «les gens du peuple pensent d'abord à leur repas du lendemain; j'ai la chance de venir d'un milieu aisé, alors je proteste pour eux». A défaut de braver les interdits dans la rue en défilant, Shahinaz comme Walid et quelques centaines de personnes ont organisé un sit-in sur les marches du syndicat des avocats face à un impressionnant dispositif policier. Un homme tient une pancarte résumant les revendications du jour: «La liberté et le pain».

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