SECURITE - Trois questions à Emmanuel Terroir, spécialiste de gestion des risques internationaux et co-auteur de «Terrorisme et piraterie: des menaces contemporaines à la sûreté des transports maritimes de marchandises»…
Le voilier «Le Ponant» a été capturé par des pirates de mer avec, à son bord, un équipage de Français et d'Ukrainiens. Mais au fait, les pirates, ça existe encore? Trois questions à Emmanuel Terroir, spécialiste de gestion des risques internationaux et co-auteur de «Terrorisme et piraterie: des menaces contemporaines à la sûreté des transports maritimes de marchandises» (éd. L'Harmattan).
La piraterie contemporaine est-elle un phénomène répandu?
Oui, elle a explosé depuis la fin de la guerre froide mais elle est concentrée dans certaines zones: la Corne de l'Afrique, les côtes occidentales africaines, et le détroit de Malacca en Asie du sud-est. Ces régions ont en commun de connaître des difficultés économiques et de disposer d'une puissance étatique faible. Dans la région de Malacca, de nombreux petits détroits permettent aux pirates de se cacher rapidement tout en changeant de souverainetés territoriales et donc de juridictions. Ils profitent également de la complaisance des autorités locales et notamment de la police.
Que veulent les pirates et quel type de navire ciblent-ils?
Leur profil est très varié. Certains sont de simples villageois qui cherchent à manger. Mais il peut aussi s'agir de bandes liées au crime organisé ou au terrorisme international qui financent ainsi leurs achats d'armes. Les cibles privilégiées varient. D'une façon générale, sont principalement visés les bateaux de marchandises, propices au vol. Les pirates, circulant sur des petites embarcations rapides, ne peuvent s'encombrer de trop de biens. Ils multiplient ainsi les actions rapides. Les bateaux de touristes peuvent aussi être ciblés et les occupants pris en otages, mais c'est plus rare. Les pétroliers, méthaniers ou chimiquiers intéressent les pirates qui ont une motivation davantage idéologique. La forte capacité polluante de ces bateaux les rend en effet très «attirants» pour un acte terroriste. C'est ainsi que le chimiquier «Dewi Madrim» a été attaqué en mars 2003 au large de Sumatra par des terroristes qui s'entraînaient.
Quel niveau de violence peut être atteint par les pirates et quelle réponse apporter?
La violence est importante et il n'est absolument pas rare que les marins des bateaux attaqués se faire tuer. Les pirates ne veulent pas en effet prendre de risques. Depuis 2001, les organisations internationales ont pris toute une série de mesures pour développer la coopération entre les Etats contre la piraterie et instaurer des normes communes sur la sécurisation des transports. Depuis quelques années, il est légal de naviguer avec des compagnies privées de sécurité dans certains pays pour se défendre.
Pour lire le rapport hebdomadaire (en anglais) sur la piraterie du BMI, cliquez ici...
Pour voir la Google Map des actes de piraterie en 2008, cliquez ici...
Alexandre Sulzer
Selon le Bureau maritime international (BMI), 263 attaques de navires ont été répertoriées dans le monde en 2007 (42 au Nigeria et 32 en Somalie) contre 239 en 2006. Soit une hausse de près de 10%. 64 marins ont été agressés ou blessés, contre 17 l'année précédente. 5 ont été tués et 3 sont portés disparus. 18 prises d'otages ont eu lieu dont 11 en Somalie: ce qui représente 292 marins. Parmi eux, 63 ont été «kidnappés», c'est-à-dire emmenés de force hors du bateau. Mais, reconnaît le BMI, «de nombreux cas ne sont jamais portés à la connaissance des autorités dans une proportion qui varie selon les pays».