Je reviens d’un long séjour en Europe, où la plupart des voitures roulent au diesel. Des voitures qui généralement consomment moins que nos voitures à nous, si gourmandes en carburant. Alors je me demande pourquoi il n’y a pas plus de véhicules diesel sur les routes américaines. Le diesel est réputé émettre des gaz d’échappement plus sales, mais n’est-ce pas du passé?
La magie de la technologie a en effet rendu les véhicules diesel beaucoup plus propres qu’avant. Résultat: nombre de vendeurs présentent le diesel comme un bon choix pour les automobilistes américains, qui profiteront d’économies de carburant impressionnantes. L’arrivée imminente de la Volkswagen Jetta TDi 2009 provoque par exemple une excitation considérable ici. Un diesel dit propre, censé consommer 4,75 litres pour 100 km sur autoroute et cracher beaucoup moins de suie que les diesels d’antan, qui faisaient des ravages sur la qualité de l’air. Le diesel, ancien ennemi juré de l’environnement, va-t-il finir par tous nous sauver? La Lanterne est loin d’en être convaincue.
Le diesel, du nom de l’ingénieur allemand Rudolf Diesel, est traditionnellement plus facile à raffiner que l’essence, même s’il nécessite plus de brut pour faire un litre. Au final, le diesel a une densité énergétique supérieure, ce qui explique pourquoi ces voitures parcourent jusqu’à 40% de distance en plus avec un litre de carburant que leurs équivalents essence. Mais une plus grande densité énergétique implique aussi plus de gaz à effet de serre émis lorsque le carburant est brûlé – environ 15%. Grâce aux économies de carburant, les voitures diesel émettent toutefois en général moins de gaz à effet de serre par kilomètre parcouru.
Plus dérangeant: brûler du diesel émet aussi de vilaines particules et des oxydes d’azote qui se transforment en smog (brouillard de pollution). Ce que vous savez sûrement si vous avez déjà avalé une bouffée de fumée derrière un bus ou un tracteur.
La bonne nouvelle, c’est que le diesel d’aujourd’hui contient beaucoup moins de sulfure qu’avant. Il dégage donc de la suie beaucoup moins dangereuse. De plus, les nouvelles voitures diesel sont dotées d’ingénieux systèmes de contrôles des émissions comme la BlueTec, qui traite les gaz d’échappement avec une solution à base d’urée pour diminuer sa toxicité.
Mais ces améliorations ont un coût. Selon l’association Union of Concerned Scientists (UCS), fabriquer un litre de ce nouveau diesel à faible teneur en sulfure demande encore plus de pétrole brut que le vieux diesel. Et puis les moteurs diesels sont plus complexes que les moteurs à essence et requièrent donc plus d’énergie et de matériaux pour les confectionner.
Les économies en carburant des voitures diesel peuvent néanmoins compenser ces inconvénients. L‘UCS recommande aux acheteurs de réviser la consommation d’un véhicule qui roule au diesel de 20% pour obtenir un tableau plus précis de sa consommation globale.
Les fans de la Jetta TDi disent que ses gaz d’échappement sont assez propres pour qu’elle soit acceptée en Californie, un Etat qui impose des limites d’émissions très sévères. Pourtant, la diesel TDi reste derrière beaucoup d’autres voitures qui rentrent dans les critères californiens, comme la Jetta 2008 au gaz, qualifiée de «véhicule à émissions partiellement nulles».
La saleté relative des diesels même les plus avancés inquiète certains chercheurs, qui affirment que la suie (qu’ils appellent «carbone noir») peut être un facteur clé du réchauffement climatique. Selon une étude de 2002 de la Stanford University, même si toutes les voitures diesel satisfaisaient les critères californiens, elles contribueraient toujours plus au réchauffement climatique que les voitures essence pendant les 50 prochaines années.
Ca ne veut pas dire que l’essence est plus verte que le diesel – c’est juste que les deux carburants ont chacun des avantages et des inconvénients. Les Européens visent davantage à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre que leurs émissions de particules, c’est pourquoi ils encouragent le diesel. Comme vous l’avez probablement remarqué lors de votre séjour là-bas, le diesel est moins cher que l’essence dans quasi toute l’Europe, surtout parce qu’il est moins taxé (même si ça risque de ne pas durer). Ici, aux Etats-Unis, c’est le contraire. Le diesel coûte bien plus que l’essence – en partie parce que notre nouveau diesel à faible teneur en sulfure est plus cher à fabriquer, mais aussi à cause de taxes fédérales plus importantes.
La carte joker ici, c’est le développement actuel du biodiesel, qui peut drastiquement réduire les émissions de gaz d’échappement d’un véhicule diesel. Encore mieux: il peut aussi être fabriqué à partir de cultures domestiques. Aux Etats-Unis, c’est surtout le soja, alors que les Européens préfèrent le colza.
Il est difficile de calculer les atouts environnementaux du biodiesel – la Lanterne espère le faire dans un prochain article. Pour faire simple: les biodiesels ne sont pas tous faits de la même façon, et certains ont besoin de trop d’énergie et de terre arable.Comme de nombreuses analyses sur le biodiesels sont en cours, on devrait bientôt savoir si l’avenir, c’est le palmier de Malaisie. La Lanterne attend aussi avec impatience de tester la Jetta TDi 2009 pour savoir si Volkswagen dit la vérité à propos des économies de carburant. Après tout, la Toyota Prius n’était-elle pas supposée permettre de faire plus de 100 km avec 4 litres de carburant en ville? L’alter ego de la Lanterne n’a pu en parcourir qu’un peu plus de 80…
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Posté mardi 1er avril par Brendan I. Koerner, sur Slate.com.
Traduction par 20minutes.fr