Trois ans et demi de prison pour celui qui rêvait de JO dans une «Chine libre»

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Publié le 3 avril 2008.

CHINE - Le dissident Hu Jia vient d'être condamné…

Une peine comme un symbole. La Chine a condamné jeudi le dissident Hu Jia à trois ans et demi de prison, deuxième sanction sévère à l'encontre d'un opposant à quatre mois des jeux Olympiques.

Hu Jia, l'une des voix les plus critiques du régime communiste, engagé dans la défense des malades du sida, de l'environnement et de la liberté d'expression, était accusé de tentative de subversion du pouvoir de l'Etat. «Il a été reconnu coupable», a déclaré l'un de ses avocats, Li Fangping.

L'agence officielle Chine Nouvelle a annoncé le verdict en parlant du «crime» commis par le dissident qui a aussi été privé de ses droits politiques pendant un an.

«C'est injuste. Leur preuve, c'est qu'il a publié sur l'internet cinq articles qu'il avait écrits et donné deux interviews avec la presse étrangère, ce n'est pas juste», a déclaré sa femme Zeng Jinyan, en pleurs, à sa sortie du tribunal. Agé de 34 ans, Hu Jia avait été jugé le 18 mars en quelques heures par la première cour intermédiaire de Pékin.

Il s'agit de la deuxième condamnation à la prison d'un opposant chinois en dix jours, après celle de Yang Chunlin, qui avait fait diffuser une lettre ouverte sous le slogan «Nous voulons les Droits de l'homme, pas des jeux Olympiques».

«Les JO dans une Chine libre»

Arrêté en décembre alors qu'il était en résidence surveillée, Hu Jia avait plusieurs fois dénoncé le non-respect par Pékin de ses engagements en faveur des Droits de l'homme, pris pour obtenir l'organisation des JO. «Peut-être que vous viendrez à Pékin au moment des jeux Olympiques, vous verrez des gratte-ciels, de larges avenues, des installations sportives modernes et des habitants enthousiastes. Ce sera la réalité, mais seulement une partie, comme lorsqu'on regarde un iceberg», avait-il écrit en septembre avec son ami Teng Biao, professeur de droit. «Vous ne savez peut-être pas que cet enthousiasme, ces sourires, cette harmonie et cette prospérité sont fondés sur l'injustice, les larmes, l'emprisonnement, la torture et le sang», poursuivaient les deux hommes, en espérant néanmoins que les Jeux apportent aux Chinois «la paix, l'égalité, la liberté et la justice». «Nous prions pour que les JO se déroulent dans une Chine libre», concluaient les deux militants.

Jeudi, son épouse a réaffirmé que Hu Jia avait «toujours soutenu les jeux Olympiques». «Nous espérions que les JO apportent la paix et le bonheur au peuple chinois. Maintenant j'ai le sentiment que c'est une tragédie.».

Le Parlement européen, les Etats-Unis et la Commission européenne étaient intervenus en faveur de Hu Jia auprès des autorités chinoises. A l'annonce du verdict, l'Union européenne a de nouveau réclamé sa libération. «Nous avons dit très clairement avant le procès qu'il n'aurait jamais dû être arrêté et qu'il devrait être libéré. Ceci reste notre position», a indiqué William Fingleton, porte-parole de la délégation de la Commission européenne à Pékin.

«Nous sommes consternés par cette condamnation», a également déclaré la porte-parole de l'ambassade américaine à Pékin, alors que le secrétaire au Trésor Henry Paulson est en visite officielle dans la capitale chinoise.
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