Le président Nicolas Sarkozy s'est publiquement exprimé sur le Tibet pour la première fois depuis le début, il y a dix jours, des incidents dans cette région, appelant son homologue chinois Hu Jintao à "la retenue et à la fin des violences par le dialogue", a annoncé lundi l'Elysée.
Le chef de l'Etat a adressé au président Hu Jintao un message en ce sens, a indiqué la présidence française dans un communiqué publié alors que des voix, à gauche notamment, ont réclamé une initiative élyséenne sur la crise au Tibet.
"Le président de la République appelle à la retenue et à la fin des violences par le dialogue au Tibet. Il a adressé un message au président Hu Jintao lui faisant part de sa profonde émotion à la suite des événements tragiques récents", selon le communiqué de l'Elysée.
Il "émet le voeu que le dialogue engagé depuis plusieurs années entre les autorités chinoises et les représentants du dalaï lama reprenne rapidement et s'approfondisse, afin que tous les Tibétains se sentent en mesure de vivre pleinement leur identité culturelle et spirituelle au sein de la République populaire de Chine", poursuit le texte.
Il "a exprimé la disponibilité de la France à faciliter cette reprise du dialogue, dans le cadre du partenariat stratégique franco-chinois", a conclu l'Elysée.
La Chine a sévèrement réprimé la semaine dernière des manifestations au Tibet et dans les régions chinoises voisines faisant "environ 130 morts", selon le gouvernement tibétain en exil, alors que pour Pékin, le bilan des "émeutes" est de 19 morts, 18 civils "innocents" et un policier.
Le communiqué de l'Elysée intervient alors que monte la dénonciation de la répression menée par les autorités chinoises au Tibet et dans les provinces voisines, à quelques mois de l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin le 8 août.
La France était restée jusque-là très discrète sur la situation au Tibet. A l'inverse, le Premier ministre britannique Gordon Brown s'est déclaré la semaine dernière prêt à rencontrer le dalaï lama, accusé par Pékin d'être à l'origine des manifestations de Lhassa et Berlin a gelé ses pourparlers avec la Chine en matière de développement économique.
Dimanche, l'ex-ministre socialiste Pierre Moscovici a pointé un "silence assourdissant" de M. Sarkozy sur le Tibet.
Le 19 mars, Bernard Kouchner avait évoqué cette crise. Interrogé par RMC sur un boycottage de la cérémonie d'ouverture des JO, une proposition de l'organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières, le ministre des Affaires étrangères y avait vu une idée "pas mauvaise", mais "irréaliste".
Il avait plaidé pour une "initiative politique" de l'UE et assuré que "l'hostilité face à nos amis chinois ne sera pas payante". "Inventons autre chose", avait préconisé le ministre.
Des propos qui n'ont pas empêché le député socialiste Jack Lang de demander dimanche à M. Kouchner de "sortir de sa réserve" et de souhaiter une initiative de M. Sarkozy face aux "brutalités chinoises".
M. Sarkozy avait été interrogé sur la situation au Tibet le 14 mars à Bruxelles, au tout début de la crise, lors d'une conférence de presse après un sommet européen. Il s'était contenté de rappeler avoir parlé des droits de l'Homme lors de sa visite en Chine en novembre.
Des ONG et l'opposition de gauche avaient accusé le président de complaisance lors de ce voyage au cours duquel les entreprises françaises avaient signé de nombreux contrats.
Le président s'en est à de nombreuses reprises défendu, rappelant avoir évoqué publiquement les droits de l'Homme et la peine de mort devant Hu Jintao.