DECRYPTAGE - Mouvement spontané ou organisé, les raisons du soulèvement de la région...
Une région qui s’embrase par monastères isolés et distants de plusieurs centaines de kilomètres: le Tibet et trois de ses provinces voisines ressemblent à une drôle de poudrière depuis ce week-end. Selon le gouverneur communiste de la région autonome du Tibet, «le Dalaï-Lama et sa clique» seraient derrière tout ça.
«Beaucoup de gens ne veulent pas croire que ce n’est pas coordonné, avance Lhadon Tethon, porte-parole de l’association Students for a free Tibet, actuellement en Inde. Mais le Tibet est tellement surveillé qu’il est impossible de songer à un mouvement unifié. Les Tibétains seraient trop en danger si on les contactait de l’extérieur. En fait, ils s’appellent depuis leurs portables. Les gens attendent depuis tellement longtemps pour agir que quand ils reçoivent un coup de fil d’une ville soulevée, ils se disent: pourquoi pas moi?»
L’étincelle aura été l’escalade à Lhassa vendredi dernier. «La manifestation des moines était pacifiste pendant les quatre premiers jours, rappelle Kate Saunders, porte-parole de Campagne internationale pour le Tibet. Mais lorsque la police a tenté de la disperser, ça a rendu les Tibétains laïcs furieux, et puis l’un d’eux a mis le feu à une voiture de police…» Avec l’enchaînement qu’on connaît.
Récents durcissements de la répression et de main mise «han»
Tout le monde s’interroge sur le lien entre ces soulèvements et le fait que la Chine se retrouve sous les projecteurs à quelques mois des Jeux olympiques de Pékin cet été. «Les Tibétains sont surtout en colère de voir comment la Chine profite des Jeux pour se présenter au monde comme un pays uni, continue Kate Saunders. Et il y a une raison plus profonde à ces manifestations: le récent durcissement de la répression sur les Tibétains.»
Pékin vient de lancer une nouvelle campagne visant à sédentariser les nomades, ce qui oblige les Tibétains à abandonner leurs terre et leur mode de vie; l’arrivée massive d’ouvriers migrants Han (ethnie majoritaire du pays) pour la construction du chemin de fer au Tibet inauguré en juillet 2006 a aussi été mal prise par les locaux.
Côté spirituel, le gouvernement chinois vient de porter un coup bas à l’un des principes fondamentaux du bouddhisme tibétain, la réincarnation. «Pékin a décrété que personne ne pourrait être réincarnée sans sa permission, explique Kate Saunders. C’est politique, il s’assure comme cela le contrôle de la désignation du prochain Dalaï-Lama.» La tension est ainsi peu a peu remontée au Tibet. Il y a d’ailleurs déjà eu des heurts entre des moines de Tongren (province du Qinghai) et des Chinois il y a trois semaines, qui avaient fini en confrontation avec la police.
Pékin ne déviera pas de sa ligne dure
La Chine a beau être sous les projecteurs des JO justement, elle n’a pas l’air de changer sa méthode de gestion de crise. «Les autorités chinoises ne réagiront peut être pas dans un bain de sang, mais il faut s’attendre à de fortes répressions, prévient Jean-François Huchet, directeur du centre d’études français sur la chine contemporaine basé à Hong-Kong. A partir du moment où la souveraineté de la Chine est mise en cause, le parti communiste n’hésitera pas à réprimer fortement, qu’il y ait les Jeux olympiques ou pas.»
Pékin a lancé un ultimatum aux manifestants: il leurs accordera sa clémence s’ils se livrent à la police avant ce lundi soir minuit (17h heures françaises). Au Tibet, personne n’y croit.
A Shanghai, Caroline Dijkhuis