Que se passera-t-il si Trump supprime l'aide financière aux Palestiniens?

DIPLOMATIE Le président américain s’est fendu d’un tweet rageur sur le sujet…

Nicolas Raffin

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Des milliers de Palestiniens ont célébré le 53e anniversaire du Fatah à Gaza, le 2 janvier 2018.

Des milliers de Palestiniens ont célébré le 53e anniversaire du Fatah à Gaza, le 2 janvier 2018. — Ahmad Salem/SIPA

  • Les aides versées à l’Autorité palestinienne sont essentielles pour maintenir les institutions.
  • Donald Trump menace de supprimer l’aide américaine, faute d’avancée sur les négociations de paix.
  • Mais cette menace pose aussi la question du rôle de ces aides et de la responsabilité d’Israël dans le budget palestinien.

Donald Trump a l’ambition de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, à savoir la résolution du conflit israélo-palestinien. Pour trouver le meilleur « deal » possible, le président américain n’hésite pas à dicter ses conditions. « Puisque les Palestiniens ne sont plus disposés à parler de paix, pourquoi devrions-nous leur verser des paiements massifs à l’avenir ? » s’est-il interrogé mardi sur Twitter.

Sa réflexion a aussitôt provoqué l’ire de l’Autorité palestinienne ce mercredi. Elle n’a pas manqué de lui rappeler que la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël avait déjà sérieusement entravé la possibilité de reprise des négociations. Au-delà de cette dispute, le tweet de Donald Trump pose aussi la question de la dépendance des Territoires palestiniens aux aides internationales.

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« Ces coupes budgétaires pourraient provoquer un chaos »

Ces aides représentent environ un tiers du budget de l’Autorité palestinienne. A eux seuls, les Etats-Unis ont versé directement 319 millions de dollars (264 millions d’euros) en 2016, sans compter les aides indirectes via les programmes de l’ONU. Un arrêt net de ces sources de financement pourrait donc sérieusement déséquilibrer le faible budget des administrations palestiniennes.

Pour Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques associé à l’université libre de Bruxelles (ULB), la probabilité d’un tel scénario est assez faible. « Le but de Donald Trump, c’est faire des économies pour rapatrier de l’argent aux Etats-Unis, rappelle le spécialiste. Mais il n’a strictement aucun intérêt à retirer les fonds, car ces coupes budgétaires pourraient provoquer un chaos… et nuire à la sécurité d’Israël. Ce serait donc une politique contre-productive. »

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Faire pression sur Israël ?

Mais le tweet du président américain est aussi révélateur d’une question plus profonde : à quoi servent réellement les aides versées aux Palestiniens ? Dans un article publié en 2006, la chercheuse Dorothée Schmid notait que « la communauté internationale se contente (…) de soulager Israël d’une partie du poids financier de l’occupation », sans que cela ait un effet sur les négociations et sur la question de l’État palestinien.

Dans ce contexte, Européens comme Américains pourraient-ils utiliser cet argument des aides pour faire pression sur Tel Aviv ? C’est l’opinion de Charles Enderlin. Le journaliste, auteur de nombreux livres sur le conflit israélo-palestinien, avait publié l’année dernière une tribune à ce sujet dans Libération. Il demandait aux dirigeants européens de fixer « une date limite au-delà de laquelle Israël - puissance occupante selon les conventions de Genève - devrait assumer le financement du budget palestinien ». Le tweet de Donald Trump était donc beaucoup plus profond qu’il n’y paraissait…