Iran: Deux personnes tuées par balle lors de manifestations contre le gouvernement

CONTESTATION Le pays est le théâtre depuis jeudi de protestations contre les difficultés économiques et contre le régime...

D.B. avec AFP

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Un étudiant participe à une manifestation à l'université de Téhéran alors qu'une grenade fumigène est lancée par la police iranienne anti-émeute, samedi à Téhéran, en Iran. 30 décembre 2017. (AP Photo).

Un étudiant participe à une manifestation à l'université de Téhéran alors qu'une grenade fumigène est lancée par la police iranienne anti-émeute, samedi à Téhéran, en Iran. 30 décembre 2017. (AP Photo). — AP/SIPA

Une fin d’année sous haute tension en Iran. Le pays est le théâtre depuis jeudi de protestations contre les difficultés économiques et contre le régime. Lors de ces manifestations, deux personnes ont été tuées dans la ville de Doroud (ouest) samedi soir, a déclaré le vice-gouverneur de la province de Lorestan à la télévision d’Etat.

« Il y a eu une manifestation illégale samedi soir et un certain nombre de personnes sont descendues dans la rue et (…) malheureusement, deux citoyens ont été tués dans les affrontements », a déclaré Habibollah Khojastehpour, le vice-gouverneur de la province de Lorestan. Il a accusé les « groupes hostiles et les services de renseignements étrangers d’être derrière les troubles ». Selon un canal Telegram des Gardiens de la révolution, « des gens ayant des armes de chasse et de guerre sont venus parmi les protestataires et ont tiré à l’aveuglette sur les gens et contre la préfecture ».

Les menaces du gouvernement

Face aux difficultés économiques du pays, isolé et soumis pendant des années à des sanctions internationales pour ses activités nucléaires sensibles, des protestations ont éclaté jeudi dans quelques villes de province avant de prendre de l’ampleur. Ces manifestations se sont poursuivies vendredi et samedi.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des milliers de personnes défilant dans les villes à travers l’Iran dans la nuit. Il est cependant difficile de vérifier l’authenticité de ces vidéos en raison du quasi black-out total des médias officiels. Il s’agit des plus importantes manifestations depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l’ex-président ultraconservateur  Mahmoud Ahmadinejad en 2009, qui avait été violemment réprimé.

« Ceux qui détruisent les biens publics, créent du désordre et agissent dans l’illégalité doivent répondre de leurs actes et payer le prix. Nous agirons contre les violences et ceux qui provoquent la peur et la terreur », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, à la télévision d’Etat.

Silence Khamenei et Rohani

Ni le numéro un de la République islamique d'Iran, le guide suprême Ali Khamenei, ni le président Hassan Rohani n’ont réagi publiquement depuis le début des troubles. C’est la première fois qu’autant de villes sont touchées par un tel mouvement depuis 2009. L’internet sur les réseaux de téléphonie mobile qui a été coupé samedi soir a été rétabli dans la nuit.

Selon l’agence Ilna, proche des réformateurs, « 80 personnes ont été arrêtées à Arak (centre) alors que trois ou quatre personnes ont été blessées » dans les violences dans la ville samedi soir. « Des individus ont tenté d’attaquer des bâtiments publics mais n’ont pas réussi (…) la situation dans la ville est sous contrôle », a déclaré un responsable local cité par Ilna.

Pour sa part, le général Esmail Kossari, adjoint de la base Sarollah des Gardiens de la révolution, chargée de la sécurité de la capitale, a accusé les manifestants d’être des « séditieux ». A Téhéran, des centaines de manifestants ont tenu tête samedi soir aux forces de l’ordre dans le quartier de l’université. Finalement, les manifestants ont été dispersés par la police.

Donald Trump met en garde l’Iran

Le président américain Donald Trump a réitéré samedi ses avertissements en direction du pouvoir iranien, déclarant que « les régimes oppresseurs ne peuvent perdurer à jamais ». Le ministère des Affaires étrangères à Téhéran avait déjà rejeté une précédente prise de position de Donald Trump en affirmant que le peuple iranien n’accordait « aucune valeur aux déclarations opportunistes » de Washington.

Samedi, la télévision d’Etat a diffusé des images des manifestations, en estimant nécessaire d’entendre « les revendications légitimes » de la population. Mais elle a dénoncé les médias et les groupes « contre-révolutionnaires » à l’étranger qui cherchent selon elle à exploiter ces rassemblements.

Les autorités iraniennes affirment que la majorité des informations sur les réseaux sociaux viennent de l’Arabie saoudite, rivale régionale de l’Iran, ou des groupes d’opposition basés en Europe.