• Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi matin au Qatar pour une brève visite de 24 heures.
  • Le président français doit annoncer plusieurs contrats et évoquer la lutte antiterroriste.

Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi matin au Qatar pour y passer la journée. Au programme : entretien avec le jeune émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, signatures de contrats, discussion sur la question du financement du terrorisme… Pour comprendre les enjeux de ce déplacement du président français, 20 Minutes a interrogé Nabil Ennasri, docteur en sciences politiques et directeur de l’ Observatoire du Qatar.

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Le Qatar a rompu ses relations diplomatiques avec d’autres comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis. Comment la France se situe-t-elle dans ce conflit ? Arrive-t-elle à ménager toutes les parties ?

Au départ, la France était en retrait. Certainement, elle ne voulait pas mettre en péril ses intérêts économiques nombreux et considérables auprès des différents pays concernés. La France a aussi donné des gages à un peu tout le monde. Elle a égratigné l’Arabie saoudite et le Qatar en mettant en évidence, notamment dans une déclaration d’Emmanuel Macron, le rôle douteux de Riyad et de Doha dans le soutien à certains groupes radicaux.

Mais dans le même temps, au mois de septembre, Emmanuel Macron a appelé à une levée de l’embargo ce qui signifiait qu’il prenait plutôt parti pour le Qatar. Aujourd’hui, la France souhaite jouer son rôle de médiateur en soutenant l’initiative koweïtienne de sortie de crise. Cette posture à équidistance des différents protagonistes est profitable aux intérêts français comme on l’a vu aujourd’hui avec la pluie d’accord qu’Emmanuel Macron a signé avec l’émir Tamim au Qatar.

Sur le plan économique, quelles sont les relations entre la France et le Qatar ? Est-ce un partenaire important pour la France ?

Elles sont constantes et en évolution permanente depuis maintenant plus de 20 ans. Pendant longtemps, l’armée qatarie a par exemple été équipée de matériel français. La France est aussi connue pour son expertise dans le bâtiment, la santé, le génie civil, les télécommunications et l’énergie. Total a par exemple énormément investi dans les forages gaziers du Qatar.

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Plus récemment, c’est l’industrie aéronautique et militaire qui a constitué la grande part des exportations françaises à destination du Qatar. Depuis 2007, des centaines d’Airbus ont ainsi été vendus et depuis 2015 la France a vendu 36 rafales pour un montant total de plus de 8 milliards de dollars.

Sur le plan stratégique, en quoi est-il nécessaire de soigner les relations avec le Qatar ? Qu’attend la France du Qatar, notamment sur le plan de la lutte contre le terrorisme ?

Le Qatar a, depuis plusieurs années, pris une importance stratégique de premier plan au niveau des défis économiques, sécuritaires et énergétiques de l’ensemble de la région du Moyen-Orient Sa puissance financière tirée de l’exploitation du gaz conjuguée aux leviers importants qu’il peut rapidement mettre en place au niveau médiatique et diplomatique en font un acteur incontournable. En ce sens, la France ne veut pas se priver d’une relation forte avec lui.

Malgré la diplomatie d’engagement qui a caractérisé le Qatar au cours des « printemps arabes », l’émirat a joué un rôle majeur dans la médiation des lignes de faille qui ont fracturé le Moyen-Orient. C’est donc un partenaire privilégié de la France ce qui explique la relation bilatérale en constante augmentation depuis une vingtaine d’années. Sur la lutte contre le terrorisme, beaucoup de choses sont dites mais une partie de ce qui est écrit est fausse.

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Le Qatar abrite la plus grande base militaire américaine d’où sont pilotées les actions contre l’organisation Etat islamique. Il est donc contre nature de considérer le Qatar comme étant l’un des soutiens des groupes terroristes qui sèment la terreur au Moyen-Orient et qui ont multiplié les attentats en France et en Europe. La déclaration d’aujourd’hui d’Emmanuel Macron et de l’émir du Qatar – mettant en place une infrastructure de contrôle des flux financiers et de renforcement des informations en matière de lutte contre le terrorisme — valide l’idée selon laquelle l’émirat doit aujourd’hui être considéré comme un acteur majeur de la lutte contre les idéologies sectaires.