• Dans la continuité de sa tournée africaine, Emmanuel Macron sera ce mercredi à Alger.
  • Le président français veut notamment s’adresser à la jeunesse algérienne.
  • « 20 Minutes » est allé à la rencontre de plusieurs jeunes Algérois qui ont créé leur média pour raconter les obstacles et les espoirs des jeunes générations.

De notre envoyée spéciale à Alger (Algérie),

Penchée sur ses notes, Ouarda Machouk griffonne, raye, surligne. Dans quelques minutes, cette étudiante de 25 ans va enregistrer une émission musicale consacrée aux jeunes talents algériens. Dans ce studio modeste, bricolé dans un appartement du centre d’Alger, une Web-radio dédiée à la jeunesse a vu le jour il y a plus d’un an, sous la houlette de l’organisation Rassemblement action jeunesse. Dans ce pays où 70 % des habitants ont moins de 30 ans, les jeunes ne sentent pas toujours bien représentés. Certains ont donc décidé de créer leur propre média.

« On a du mal à se projeter »

« La jeunesse a envie de changement, mais l’Etat, la politique, la religion, n’aident pas toujours. Beaucoup de jeunes autour de moi n’arrivent pas à se projeter, il y a trop d’incertitude », souffle Lila Houfel, 30 ans, qui travaille dans l’hôtellerie. Dans les locaux du RAJ, organisation apartisane et militante, le diagnostic est similaire. « Le chômage est un passage imposé pour beaucoup de jeunes », souligne Djalal Mokrani, bénévole.

Près de 30 % des 16-24 ans sont chômeurs selon les autorités. C’est l’une des préoccupations abordées à l’antenne, avec les droits des femmes, la nouvelle scène artistique algérienne, et l’actualité. Pour lutter contre « la résignation et l’indifférence de la jeunesse », la Web-radio RAJ tend le micro à ceux qui répondent aux défis de la société algérienne (« défis » est le nom de l’émission consacrée aux femmes). Ce n’est pas toujours facile avec les moyens du bord : le wifi, prêté par des voisins, est en panne ce mercredi à cause d’un incendie.

Inty est aussi un média alternatif adressé aux jeunes, et en particulier aux femmes. « Les magazines féminins algériens s’adressent surtout aux femmes mariées. On trouvait qu’ils ne représentaient pas notre génération, alors on a créé le nôtre », raconte la cofondatrice Djamila Ould Khettab, 28 ans. Collaboratif, le magazine proposent des formations en journalisme à ses contributeurs et développe un réseau sur tout le territoire.

Problèmes de logement et sous-emploi

Des problèmes du quotidien ont fait l’objet de reportages, comme la difficulté de louer un logement quand on est célibataire, et de surcroît si l’on est une femme, ou les emplois sous-qualifiés que nombre de diplômés doivent accepter, faute de mieux. Deux sujets qui reflètent l’évolution du pays et le décalage croissant d'une partie de la jeunesse avec les traditions et les règles d’une société régie par le Code de la famille et une l’économie, très dépendante des hydrocarbures, frappée de plein fouet par la chute du cours du pétrole.

Si de nombreux jeunes y voient une motivation supplémentaire à l’émigration, légale ou clandestine, pour Riadh Touat, « cette chute est une opportunité de diversifier notre économie, et pour cela il faut faire plus confiance à la jeunesse ». A 31 ans, son envie de faire « quelque chose qui [lui] ressemblait, et qui ressemblait aux jeunes qu'[il] connaît » l’ont poussé à lancer « Wesh Derna ? », une série de vidéos suivies par environ 16.000 internautes. Il y donne la parole « à ceux qui ont fait, qui font et qui feront » (en Algérie, « wesh derna ? » peut signifier « qu’a-t-on fait ? » ou « que va-t-on faire », souligne son fondateur). Artistes, entrepreneurs, agriculteurs, étudiants, ingénieurs : ils sont une quarantaine pour le moment à avoir raconté « sans chichis » leurs projets au micro de ce jeune homme souriant, qui attend davantage de sa génération que du gouvernement.

Des jeunes en décalage avec leur président

« Nous sommes un pays jeune, et j’ai l’impression qu’il y a en ce moment un nouveau souffle », poursuit-il. Si « les jeunes Algériens manquent de modèles inspirants » selon lui, il se réjouit de vivre à une époque où il est « facile de communiquer, de montrer des initiatives positives ». Et se défend d’être « dans le déni ». Une jeune femme qui écoutait notre conversation dans ce café d’Alger l’interrompt soudain, les yeux brillants : « ça fait du bien de vous entendre parler des choses positives de notre pays ».

Retour dans le studio de RAJ, ou plutôt en bas de l’immeuble. Des ouvriers s’affairent à installer des barrières et passer un coup de peinture blanche sur les troncs d’arbres pour préparer la venue d’Emmanuel Macron ce mercredi. C’est à la jeunesse algérienne que le président français veut s’adresser pendant son bref séjour. Les jeunes Algérois interrogés par 20 Minutes y sont plutôt indifférents. Ils apprécient toutefois la jeunesse du dirigeant français. « On en a parfois marre que l’Algérie soit réduite à son président, comme si le pays aussi était paralysé, alors qu’il est très jeune et dynamique », lâche une jeune femme. En 2019, Abdelaziz Bouteflika pourrait briguer un cinquième mandat.

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