Ils travaillent sur des chantiers de construction ou exercent leurs talents comme acupuncteurs : le millier de Nord-Coréens présents en Mongolie, l’une des rares démocraties du globe à les accueillir, sont désormais sommés de faire leurs bagages.

Courant novembre, ils étaient près de 1.200 travailleurs nord-coréens établis dans ce vaste pays, main-d’œuvre souvent surexploitée et vivant dans des conditions difficiles. Mais, en application des sanctions internationales contre le régime de Kim Jong-un, Oulan-Bator leur a donné un ultimatum : ils devront partir d’ici fin 2017, car leurs autorisations de travail d’un an ne seront pas renouvelées.

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« Quand leurs contrats arriveront à expiration, les entités privées ne pourront pas en proposer de nouveaux, en raison de la résolution de l’ONU », assure à l’Agence France Presse Shijeekhuugiin Odonbaatar, haut responsable du ministère mongol des Affaires étrangères.

Des travailleurs en Chine et en Russie, et jusqu’en Afrique et au Moyen-Orient

L’ONU estime que 100.000 Nord-Coréens travaillent à l’étranger - une source de devises précieuse pour leur pays, auquel ils envoient chaque année quelque 500 millions de dollars (420 millions d’euros). Après un nouvel essai nucléaire de Pyongyang en septembre, le Conseil de sécurité a adopté une résolution ordonnant aux nations concernées de cesser d’accorder des permis de travail aux ressortissants du pays ermite.

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La plupart des expatriés nord-coréens travaillent en Chine et en Russie, mais certains s’aventurent jusqu’en Afrique et au Moyen-Orient. Avec la Pologne, la Mongolie est l’un des rares pays démocratiques à leur ouvrir ses portes.

12 à 16 heures de travail par jour, deux jours de repos par mois

Leurs conditions de vie à l’étranger ne sont guère enviables : ils enchaînent 12 à 16 heures de travail quotidien pour deux jours de repos par mois, et Pyongyang confisque entre 70 et 90 % de leur salaire (entre 300 et 1.000 dollars/mois), selon le département d’Etat américain.

En Mongolie, les entreprises de BTP sont réputées recruter des Nord-Coréens pour leur capacité à endurer un travail long et difficile sans se plaindre. La plupart dorment sur les chantiers, sans être autorisés à se promener seuls en ville.

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Alors que les températures hivernales à Oulan-Bator descendent à -40 degrés, « beaucoup vivent sans chauffage au sous-sol des bâtiments qu’ils construisent », explique un militant sud-coréen chrétien. Ce dernier, qui s’exprime sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité, a tâché d’aider des ouvriers nord-coréens en Mongolie, mais il est devenu « trop risqué de les voir directement » : « Je les contactais via un intermédiaire, mais cet homme a soudainement disparu », ajoute-t-il, inquiet.

En bordure d’un chantier employant des Nord-Coréens, des journalistes de l’AFP ont été pris à partie par des ouvriers refusant de répondre à leurs questions. Les conditions de sécurité sont également controversées : en septembre, un travailleur nord-coréen de 27 ans s’est tué en tombant d’une tour en construction à Oulan-Bator.

Des acupuncteurs aux salaires versés directement à la Corée du Nord

Dans le textile, une centaine de Nord-Coréens ont quitté les ateliers de Gobi Cashmere, premier fabricant de cachemire du pays, après l’expiration de leurs contrats en août. « Nous les avions recrutés car nous manquions de Mongols qualifiés pour travailler sur les machines à coudre », explique Tsogtbayariin Tsaschiker, l’avocat de l’entreprise.

Avant de défendre leurs conditions de travail : « La presse sud-coréenne prétend faussement que nous les rémunérions en t-shirts… Nous les payions exactement pareil que nos employés mongols, pour une même durée de travail de huit heures quotidiennes », s’agace-t-il.

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Plus atypique : des Nord-Coréens exercent comme acupuncteurs et chiropracteurs, techniques coréennes traditionnelles très prisées au pays des steppes. Les cliniques, qui leur fournissent nourriture et logement, paient les salaires directement à l’ambassade de Corée du Nord, a appris l’AFP. L’ambassade a refusé de s’exprimer.

Sunjidmaa Mitiya, docteur en chef du « Sky », hôpital privé de médecine traditionnelle, assure que « les patients sont extrêmement satisfaits » des traitements prodigués par ses deux employés nord-coréens, qui attirent « davantage de clients ». « Ils travaillent de tout cœur, et sont heureux d’être en Mongolie », fait-elle valoir à l’AFP. « Le précédent docteur avait supplié la clinique de renouveler son contrat quand celui-ci s’achevait ».