20 ans du Traité d'Ottawa: «L'utilisation de mines antipersonnel artisanales complique les opérations de déminage»

MONDE Vingt ans après, les mines antipersonnel font toujours autant de victimes...

Emilie Petit

— 

L'utilisation désormais récurrente de mines antipersonnel artisanales complique la tâche des démineurs. ici au Tchad.

L'utilisation désormais récurrente de mines antipersonnel artisanales complique la tâche des démineurs. ici au Tchad. — © Benoit Almeras / Handicap International

En 1997, ils étaient 122 Etats à signer le Traité d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel, vestiges de conflits parfois à peine terminés. Ils sont aujourd’hui 162. Pourtant, après une baisse significative près de dix-sept ans, le nombre de victimes n'a de cesse d'augmenter depuis 2015. En cause : l’utilisation de mines antipersonnel artisanales. Pour Thomas Hugonnier, responsable des opérations de déminage pour Handicap International, la complexité de ces engins explosifs réside dans « l’absence de récurrence » dans leur confection.

Sur le terrain, comment se passe une opération de déminage ?

Il est pour nous essentiel de préserver, dans un premier temps, notre neutralité. Nous n’interviendrons jamais dans un contexte dans lequel le conflit est encore dynamique. Par exemple, en Colombie, qui est le deuxième pays le plus contaminé après l’Afghanistan, nous n’avons pu commencer les opérations de déminage qu’au printemps 2017. Nous avons dû attendre la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

>> A lire aussi : Colombie: Des paysans récoltent des mines antipersonnel

En ce qui concerne le déminage à proprement parler, il y a d’abord un enjeu de capacité d’identification du type d’engin et de sa structure. Nous avons dépêché des équipes de plus de cent personnes au Mozambique où le mode opératoire était déjà bien éprouvé. Et il y a des contextes qui nous obligent à avancer très prudemment car les modes opératoires sont en cours de définition. C’est le cas notamment en Irak où l’utilisation de mines antipersonnel artisanales complique le déminage.

Est-ce parfois compliqué d’intervenir après un conflit vis-à-vis de la population locale ?

Il ne faut pas oublier qu’un accord de paix est avant tout voulu par des décideurs politiques. Lorsque nous sommes sur place, nous devons donc faire avec un historique lourd pour les communautés. Certains d’entre eux ont été victimes du conflit, mais d’autres y ont pris part ou étaient militaires. Si ces communautés ne sont pas partie prenante du processus, notre action est forcément vouée à l’échec. L’acceptance communautaire est sans aucun doute l’enjeu majeur de nos actions.

Combien de pays sont aujourd’hui « stabilisés » ou « en cours de stabilisation » ?

« Handicap International intervient dans des pays « historiques » tels que le Laos, le Sénégal, la République démocratique du Congo (RDC), ou encore le Tchad. Depuis peu, nous intervenons donc en Colombie, mais aussi en Irak où se jouent des enjeux majeurs dans ce contexte de conflit ouvert.

Malheureusement, dans certains pays stabilisés nous sentons une vraie fatigue du côté des bailleurs institutionnels dans la mobilisation internationale. Car, en signant, le Traité, les États s’engagent à fournir les moyens nécessaires au déminage et à la dépollution des zones concernées. Mais aussi à l’accompagnement des victimes des mines qui sont, depuis 2014, de plus en plus nombreuses. C’est le cas au Sénégal, où la Casamance est encore aujourd’hui minée. L’État s’est ainsi engagé à un pays libre de mine en 2021 au plus tard.

La Colombie est le deuxième pays le plus contaminé après l'Afghanistan.
La Colombie est le deuxième pays le plus contaminé après l'Afghanistan. - © Jules Tusseau/HI

Si aujourd’hui, le Traité d’Ottawa regroupe 162 États - soit plus de 80 %
des nations du monde - 64 États et territoires sont encore contaminés par des mines et des restes d’explosifs de guerre. Un véritable fléau dont 78 % des victimes connues sont des civils. Et dont 38 % sont des enfants.