VIDEO. Sous-marin argentin: «Si le San Juan a coulé après l'explosion, il sera impossible de le remonter à la surface»

INTERVIEW Treize jours après la disparition du sous-marin argentin qui comptait 44 membres d’équipage à son bord, les recherches se poursuivent…

Anissa Boumediene

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Le sous-marin argentin «San Juan».

Le sous-marin argentin «San Juan». — Argentina Navy/AP/SIPA

  • Le sous-marin argentin « San Juan » et ses 44 membres d’équipage ont disparu depuis le 15 novembre dernier.
  • Les recherches continuent ce mardi au large des côtes argentines, treize jours après la disparition du submersible.
  • L’ancien capitaine de vaisseau de réserve et auteur de l’ouvrage « Flottes de combat » (éd. Maritimes et d’Outre-Mer), Bernard Prézelin, détaille la probable suite des événements, alors que l’explosion qui a probablement envoyé le San Juan par le fond rend impossible la remontée à la surface du bâtiment.

Les recherches du sous-marin argentin disparu dans l’Atlantique Sud avec 44 marins à bord se poursuivent treize jours après le dernier contact avec l’équipage. Le dernier message émis le 15 novembre dernier par le submersible faisait état d’un court-circuit et d’un début d’incendie, quelques heures avant que le contact avec lui ne soit définitivement perdu.

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Un incident semble être survenu lorsque de l’eau de mer est entrée dans le navire par le schnorkel, tube qui permet aux sous-marins équipés de moteurs diesel, comme le San Juan, de faire fonctionner ces moteurs tout en étant en immersion, en évacuant les gaz d’échappement et en aspirant de l’air frais. « L’entrée d’eau de mer par le système de ventilation vers le réservoir de batteries numéro 3 a provoqué un court-circuit et un début d’incendie », indique le texte.

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Le San Juan avait appareillé le dimanche 11 novembre d’Ushuaia, dans l’extrême sud de l’Argentine, pour regagner Mar de Plata, son port d’attache. Il naviguait dans le golfe de San Jorge, à environ 450 kilomètres de la côte de l’Argentine. Peu après, ne explosion sous-marine a été enregistrée à proximité de la dernière position donnée par le sous-marin. Lundi, douze jours après sa disparition, les navires et les avions de quinze pays continuaient leurs opérations pour détecter le sous-marin. Les opérations se concentraient dans une zone de 36 kilomètres de rayon autour du point où est survenue l’explosion qui semble avoir envoyé le sous-marin par le fond.

Depuis l’annonce de l’explosion, il semble quasi-impossible de retrouver des survivants. Mais si le San Juan est localisé, que sera-t-il possible d’entreprendre ? Pour Bernard Prézelin, ancien capitaine de vaisseau de réserve et auteur de l’ouvrage Flottes de combat (éd. Maritimes et d’Outre-Mer), il est impossible de remonter à la surface un submersible abîmé et s’il y a eu une entrée d’eau.

Par nature, un sous-marin est un bâtiment qui doit être indétectable. Comment coordonner les recherches avec une telle difficulté ?

C’est l’explosion détectée par la marine qui a permis de déterminer la zone dans laquelle le sous-marin – ou son épave — est susceptible de se trouver. Sur le plan technique, seules les ondes acoustiques peuvent être utilisées pour localiser dans l’océan le sous-marin. Ce qui implique le recours à des sonars très puissants, qui permettent de détecter des corps fixes ou mobiles, mais leur portée est limitée, de l’ordre d’une dizaine de kilomètres. Et un sonar, si puissant soit-il, ne délivre pas d’images. Si l’on parvient à retrouver le San Juan, il faudra ensuite envoyer de petits sous-marins, équivalents aquatiques de robots drones équipés de caméras, pour voir dans quel état il se trouve.

Selon les éléments dévoilés, le dernier message du sous-marin argentin disparu faisait état d’un court-circuit et d’un début d’incendie après une entrée d’eau de mer. A quoi peut-on s’attendre aujourd’hui ?

Les recherches se poursuivent mais aujourd’hui, alors que l’on sait qu’il y a eu une explosion à bord, il semble hautement invraisemblable que l’équipage ait pu survivre à de tels événements. Si un sous-marin accuse des entrées d’eau, il coule par le fond, c’est pour ainsi dire inévitable. Un tel événement est dramatique en termes humains, pour l’équipage et ses proches. Et c’est aussi une perte matérielle terrible pour la marine argentine, déjà peu dotée, qui perd le plus récent de ses trois sous-marins

Si les équipes de recherches parviennent à localiser le San Juan, sera-t-il possible de remonter le sous-marin ?

Malheureusement, plusieurs éléments rendent cette tâche quasiment impossible. D’abord, s’il y a bien eu une explosion à bord, le bâtiment risque d’être déchiqueté. Ensuite, si le sous-marin a coulé à une profondeur supérieure à 700 ou 800 mètres, ce qui est probable dans le périmètre de recherches, la pression de l’eau serait telle qu’elle écraserait l’appareil. Par ailleurs, même en l’absence d’explosion, remonter à la surface un bâtiment de cette taille-là exigerait des moyens colossaux. Autant l’homme est capable d’aller dans l’espace, autant il lui est difficile de tracter du fond des océans un énorme submersible fortement endommagé.