Fake News: Le «Washington Post» déjoue les plans d'une fausse informatrice

MEDIAS Une femme vraisemblablement liée à une organisation conservatrice qui tente de piéger les médias a été prise en flagrant délit...

P.B. avec AFP

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La journaliste du «Washington Post» Stephanie McCrummen face à la fausse informatrice Jaime Phillips.

La journaliste du «Washington Post» Stephanie McCrummen face à la fausse informatrice Jaime Phillips. — WASHINGTON POST

Project Veritas. Rarement une organisation n’aura aussi mal porté son nom. Le groupe de l’activiste conservateur américain James O’Keefe, qui essaie régulièrement de discréditer les médias avec de faux témoignages, semble être derrière une tentative qui a visé le Washington Post pour semer les doutes sur les accusations contre le candidat républicain Roy Moore. Mais la rigueur journalistique a payé.

Selon le Post, une femme affirmait avoir eu une relation sexuelle alors qu’elle avait 15 ans avec Roy Moore, un ancien magistrat ultra-conservateur, et que celui-ci l’avait convaincue d’avorter. Problème, le journal américain a noté des incohérences dans son témoignage.

« Combattre les mensonges des médias libéraux »

L’employeur de Jaime Phillips n’a jamais entendu parler d’elle. Et une personne du même nom a lancé une collecte de fonds sur GoFundMe le 29 mai dernier pour financer un déménagement à New York, avec le texte suivant : « J’ai accepté un poste pour travailler dans le mouvement des médias conservateur pour combattre les mensonges des médias libéraux. »

Deux mois avant, l’organisation Project Veritas avait publié des offres d’emploi pour des postes de « fact checkers ». Et lundi matin, après une dernière interview lors de laquelle elle a peiné pour expliquer toutes les incohérences, Jaime Phillips s’est rendue dans les bureaux de l’organisation conservatrice, où sa voiture est restée garée plus d’une heure, précise le quotidien.

« Intention malveillante »

« Nous respectons toujours les accords du ''off-the-record''quand ils sont faits de bonne foi », a affirmé le rédacteur en chef du Washington Post, Martin Baron, cité dans l’article pour expliquer la décision de publier la vidéo et le nom de la jeune femme. « Mais ces soi-disant conversations en off étaient la base d’un plan pour nous tromper et nous mettre dans l’embarras. L’intention de Project Veritas était clairement de diffuser la conversation au cas où nous serions tombés dans le piège. Grâce à notre habituelle rigueur journalistique, nous ne sommes pas tombés dans le panneau et nous ne pouvons pas respecter un accord ''off-the-record'' fait avec une mauvaise foi malveillante », a-t-il expliqué.

Le Washington Post a été le premier média à publier début novembre les témoignages de quatre femmes accusant Roy Moore, candidat à l’élection sénatoriale partielle du 12 décembre dans l’Alabama, d’attouchements et de comportement déplacé à partir de la fin des années 1970, alors qu’elles étaient mineures et lui trentenaire. Il ne conteste pas avoir fréquenté des adolescentes mais nie toute agression sexuelle et a reçu le soutien implicite de Donald Trump la semaine dernière.

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