Selon un dernier bilan, l’attentat perpétré vendredi en Egypte a coûté la vie à 235 fidèles et blessé 109 autres. Mais pourquoi viser cette mosquée du village de Bir al-Abed, à l’ouest d’Al-Arish, la capitale de la province du Nord-Sinaï ?

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Fréquentée majoritairement par des musulmans soufis, adeptes d’un courant mystique de l’islam honnis de Daesh, le lieu de culte aurait été la cible des djihadistes.
Mais bien que principal suspect, Daesh n’a pas revendiqué cette attaque et il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que la mosquée a été visée à cause de ses liens avec le soufisme.

Qu’est-ce-que le soufisme ?

Inspirés par certains compagnons du Prophète et par les premières générations d’ascètes, les soufis disent vouloir se concentrer sur l’obtention d’un état de pureté -dont viendrait le terme soufisme- pour témoigner de la présence de Dieu dans leurs vies. Certains intègrent de la musique dans leurs prières ou des danses (derviches), mais d’autres en revanche rejettent ces pratiques.

Dans une grande partie du monde musulman, le soufisme a été accepté et pratiqué pendant des siècles de manière courante, aussi bien par les fidèles que par les théologiens les plus influents de l’islam sunnite. Le cheikh Ahmed el-Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite en Egypte, est lui-même un soufi, tout comme de nombreux hauts dignitaires religieux musulmans.

Pourquoi Daesh s’en prend-il aux soufis ?

Cette minorité de l’islam a été attaquée partout où Daesh opère, que ce soit en Egypte mais aussi au Pakistan où des dizaines de soufis ont été tués par les djihadistes. L’année dernière, Daesh avait enlevé puis décapité un vieux chef soufi, l’accusant de pratiquer la sorcellerie.

Les djihadistes de Daesh adhèrent à une version extrême du salafisme -un courant rigoriste de l’islam- pratiqué en Arabie saoudite et qui considère les soufis comme des hérétiques. Ils les accusent du plus grand péché de l’islam, le polythéisme, en raison de leur recours à l’intercession des saints morts. Les salafistes condamnent aussi ce qu’ils appellent les « innovations », ces rites et prières adoptés par les soufis sans que le prophète Mohamed lui-même ne les ait jamais prescrits.

Les civils, nouvelle cible privilégiée de Daesh

Un chef de tribu bédouine a déclaré que la mosquée Rawda, où a eu lieu l’attentat, était « soufie » et contenait une « zaouïa », un édifice religieux utilisé par les mystiques pour les prières et rassemblements. S’il était confirmé que la mosquée a été attaquée en raison de son importance pour les soufis, cela s’inscrirait donc dans la tactique de Daesh en Egypte qui vise de plus en plus des civils, notamment de minorités religieuses, après avoir ciblé principalement les forces de sécurité.

Dans un discours télévisé, le grand imam d’Al-Azhar a condamné « un terrorisme noir et brutal » après l’attaque de la mosquée.