DIPLOMATIE - Un reportage de France 2 sur le patrimoine immobilier d'Omar Bongo et la politiques d'immigration énervent Libreville…
Campagne de presse, déclarations musclées: le Gabon a adopté un ton ferme contre l'ex-puissance coloniale remettant en cause les relations franco-gabonaises après un reportage sur le patrimoine du président Bongo et la reconduite aux frontières de deux de ses ressortissants.
La télévision publique France 2 a diffusé lundi un reportage sur l'important patrimoine immobilier du président Bongo en France. Selon des procès-verbaux publiés en janvier par le quotidien français «Le Monde», Omar Bongo disposerait de trente-trois appartements ou maisons dont un hôtel particulier de 18 millions d'euros à Paris.
Le ministère gabonais des affaires étrangères a «exprimé son étonnement sur la diffusion par l'audiovisuel d'Etat d'un dossier qui a fait l'objet d'un non-lieu de la justice française pour infraction insuffisamment caractérisée». Il estime que cette diffusion, s'est faite «au mépris» des «intérêts mutuels, de l'excellence des relations qui lient» la France et le Gabon, alors que «le Gabon est toujours demeuré un allié sûr pour la France».
L'immigration au cœur de la tempête
Cette affaire survient alors que le Gabon avait déjà averti la France sur un autre dossier sensible: l'immigration. «Il y a beaucoup de Français en situation irrégulière au Gabon. Ils pourront être reconduits à la frontière si, au cours d'un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour», avait affirmé mercredi à l'AFP le ministre de l'Intérieur André Mba Obame.
Selon le ministre, «5 à 10%» des quelque 10.000 Français installés au Gabon ne seraient pas en règle et pourraient donc être expulsés. Un Français venant travailler dans le secteur pétrolier a d'ailleurs été refoulé mardi soir à son arrivée à l'aéroport de Libreville. Le pays africain ne digère pas la reconduite aux frontières en février, au motif de résultats universitaires insuffisants, de deux étudiants gabonais résidant à Reims et Toulouse.
Libreville avait fait part lundi de sa «stupeur et indignation», estimant que la France avait «violé» de manière «flagrante» les accords entre les deux pays avec des «reconduites abusives». «Normalement, il y a une concertation entre les services gabonais et français, mais depuis quelque temps les services français arrêtent des Gabonais sans nous consulter et ils les mettent dans l'avion», commente André Mba Obame. «On n'avisera pas les services français et on reconduira les Français à la frontière. Ce sont les services français qui ont commencé les premiers», a-t-il ajouté.
La France ne commente pas
«A ces violations, s'ajoutent les plaintes récurrentes des Gabonais excédés par la survivance de tracasseries et de nombreux refus de visa, parfois abusifs au consulat de France à Libreville», selon un communiqué des Affaires étrangères.
De son côté, l'ambassade de France à Libreville n'a pas souhaité répondre à ces accusations sur son service consulaire, ni commenter la campagne de presse du journal gouvernemental «L'Union», seul quotidien du pays qui a consacré trois unes en huit jours à ce dossier. «Vive la fermeté» titrait mercredi le quotidien, qualifiant la France de «puissance moyenne aux ambitions néocoloniales évidentes et constantes qui n'a de cesse d'imposer sa volonté en Afrique».
Alors qu'en février, les autorités gabonaises s'étaient félicitées des bonnes relations avec la France, Libreville dit «réfléchir actuellement à la suite à donner aux relations franco-gabonaises».
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