Allemagne: Pourquoi Angela Merkel joue sa survie politique ce dimanche

ALLEMAGNE La chancelière démocrate-chrétienne peine à trouver une coalition...

T.L.G.

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Angela Merkel joue gros ce dimanche.

Angela Merkel joue gros ce dimanche. — Odd ANDERSEN / AFP

  • Angela Merkel peine à trouver une coalition et se retrouve fragilisée.
  • Les négociations entre son camp conservateur (CDU-CSU), les libéraux du FDP et les écologistes sont difficiles.
  • Un échec entraînerait de nouvelles élections.

La chancelière chancelle. Angela Merkel s’est lancée dimanche dans une ultime tentative pour former un gouvernement. Les négociations menées entre son camp conservateur (CDU-CSU), les libéraux du FDP et les écologistes ont démarré vers 11 h 30 et doivent se terminer dans la soirée. L’absence d’accord entraînerait l’Allemagne dans une phase d’instabilité et pourrait mettre en danger l’avenir politique de la dirigeante allemande.

Quel est l’enjeu des tractations ?

Au pouvoir depuis douze ans, Angela Merkel et son camp conservateur ont remporté fin septembre les élections législatives. La victoire a été acquise avec leur pire score depuis 1949, du fait notamment de la percée de l’extrême droite. La chancelière peine depuis un mois à trouver une majorité à la chambre des députés, où les sociaux-démocrates ont décidé de ne plus gouverner. Angela Merkel mène donc des négociations très difficiles en vue de former sa coalition, sur le papier contre nature, avec les libéraux du FDP et les Verts.

« Angela Merkel n’a pas obtenu seule la majorité et doit trouver une majorité de députés au Bundestag pour gouverner. L’actuel allié de la grande coalition, le SPD, n’a plus envie d’en être, car il ressort à chaque fois laminé et affaibli de cette alliance », note Hélène Miard-Delacroix, professeur à l’université Paris-Sorbonne. « La chancelière mène donc des entretiens préliminaires en vue de négociations avec trois autres partis pour former ce qu’on appelle la "coalition jamaïcaine", du nom de leurs couleurs : la CDU, les libéraux du FDP, les Verts mais aussi la CSU de Bavière, qui appartient à la même famille que Merkel mais garde une position plus conservatrice », poursuit la spécialiste de l’Allemagne.

Pourquoi les négociations échouent-elles ?

Les partis ne parviennent pas à s’entendre sur de nombreux sujets : politique migratoire, environnement, priorités fiscales, Europe. « Le principe de la démocratie allemande est la recherche du compromis. Mais plus vous multipliez les partenaires, plus c’est difficile. Chacun joue sa partition et ne veut pas trop lâcher », poursuit la spécialiste de l’Allemagne. « Les Verts estiment par exemple avoir lâché un peu sur le climat et veulent en retour une reprise l’an prochain des regroupements familiaux pour les réfugiés qui ont obtenu l’asile. Mais la CSU y est hostile, et le FDP est également contre sauf dans des cas précis. Autre exemple : les écologistes veulent l’arrêt du charbon mais les autres partenaires ne veulent pas. »

Pourquoi Angela Merkel est-elle en difficulté ?

Déjà fragilisée au sein de sa famille politique depuis sa mauvaise performance aux législatives, Angela Merkel joue gros. « Elle a tout intérêt à ce que ce gouvernement voie le jour, car un échec signerait aussi sa fin politique », juge Frank Decker, politologue de l’université de Bonn, sur la chaîne de télévision parlementaire allemande, Phoenix. « Ce week-end, c’est la coalition ET la chancelière qui sont en jeu, estime le quotidien Bild. Si elle échoue, elle pourrait entrer très vite en zone de turbulences. »

« En douze ans, c’est la première fois qu’Angela Merkel est en difficulté, admet Hélène Miard-Delacroix. Les relatifs mauvais résultats des dernières élections lui donnent un socle trop faible pour gouverner. Les difficultés des négociations mettent en lumière l’affaiblissement de la chancelière. » Sa position centriste et sa décision d’ouvrir les frontières du pays en 2015 aux migrants sont mal passés auprès de sa famille politique, et surtout de la CSU, qui souhaite un virage à droite.

Si aucun compromis n’est trouvé, l’Allemagne devra sans doute retourner aux urnes début 2018. Des élections qui pourraient alors se faire sans Angela Merkel à la tête du parti démocrate-chrétien. « Elle pourrait décider de voir cet échec comme une claque personnelle, mais ce serait extrêmement aventureux pour le parti de se passer du "bonus Merkel" », développe la spécialiste. « Je refuse de faire des pronostics, mais il est vrai qu’à la CDU il y a une certaine lassitude, et l’exemple d’Emmanuel Macron a donné des idées à certains… Des personnalités politiques plus jeunes et plus à droite que la chancelière commencent à se montrer. »