• Depuis quatre ans, les forces progouvernementales imposent aux habitants de la Ghouta un blocus.
  • L’aide humanitaire peine à parvenir, les accès sont contrôlés par les partisans de Bachar al-Assad.
  • Les prix des rares denrées alimentaires acheminées dans la région ont explosé depuis un an.

Une vingtaine de kilomètres sépare les faubourgs de Damas de la Ghouta. Moins médiatique qu’Alep, moins symbolique que Raqqa, cette région de la banlieue est de la capitale syrienne connaît pourtant l’une des pires crises humanitaires depuis le début du conflit. Depuis 2013, cette enclave rebelle est asphyxiée par le régime qui pratique la politique du siège au détriment des populations civiles.

Il y a un mois, le drame de la Ghouta orientale est venu se fracasser aux portes des Nations Unies. Les clichés insoutenables de Sahar, fillette de 34 jours atteinte de malnutrition sévère ont provoqué un émoi international. Dimanche, un convoi de 24 camions transportant de l’aide humanitaire a finalement pu entrer à Douma, l’une des villes les plus importantes de la région. Mais la situation sur place reste particulièrement alarmante.

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Une flambée des prix

Entre 360.000 et 400.000 personnes, dont 130.000 âgées de moins de 16 ans, seraient toujours prisonnières de la Ghouta orientale. « Le peu d’accès que nous avions pour entrer dans cette zone a été fermé par les autorités », précise Sébastien Fesneau, directeur des programmes pour la Syrie au sein de l’ONG Care. « Le prix du pain a été multiplié par 35, le prix de la farine a augmenté de +174 à +390 % depuis janvier 2017. A cette flambée des prix s’ajoute celle des carburants, un accès à l’eau et à l’électricité limité », poursuit l’humanitaire.

« Des bénévoles nous ont rapporté que certaines familles mangeaient le foin destiné aux animaux »

Une rumeur rapporte également que les forces gouvernementales souhaiteraient augmenter la taxe informelle appliquée aux produits alimentaires qui entrent dans la Ghouta. « La population est déjà très endettée. Les bénévoles sur place nous rapportent que certaines familles sont obligées de trouver des dérivatifs en mangeant le foin destiné aux animaux », ajoute Sébastien Fesneau.

Nivin a 37 ans. Cette Syrienne mère de deux enfants n’a jamais quitté la région. Membre bénévole du réseau « Women now for development », elle dénonce une aide « insuffisante » par rapport aux besoins des populations bloquées dans cette zone : « Plus rien n’entre désormais. La situation s’aggrave chaque semaine. Ces deux dernières semaines, quatre enfants sont morts, trois souffraient de malnutrition et un d’une pathologie au cœur ». La semaine dernière, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a dénoncé le blocus imposé à ses équipes et la rétention d’autorisations permettant les évacuations médicales. La majorité des hôpitaux et des centres de santé sont hors-service, visés depuis 2013 par les tirs de l’armée syrienne et de son allié russe.

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Une « désescalade » toute relative

Depuis mai 2017 pourtant, la Ghouta orientale fait partie des « zones de désescalade » établies par la Russie et l’Iran, alliés du régime de Bachar Al-Assad et la Turquie, soutien de la rébellion. Pensé pour obtenir à terme une trêve dans les combats et améliorer l’accès aux ONG, cet accord ne serait pas respecté selon les témoignages recueillis sur place.

Nour Adama est journaliste indépendant. Originaire de la Ghouta, il dénonce les bombardements réguliers qui visent la zone. « Le mois dernier, plusieurs enfants et enseignants ont été tués dans une école détruite par l’artillerie d’Al-Assad », confie-t-il à 20 Minutes.

« A la crise humanitaire s’ajoute un contexte sécuritaire difficile. Depuis le début de l’année, 40 centres de santé ont été détruits par les combats dans la Ghouta orientale », ajoute Sébastien Fesneau. Un constat « inacceptable » pour le bénévole : « Ça fait 18 ans que je fais ce métier. Je n’ai jamais été confronté à un tel siège. C’est inacceptable d’utiliser les populations civiles comme arme de guerre. »